Rois, ducs, comtes et évêques

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Un nombre important de noms de famille fait référence à des dignités nobiliaires ou ecclésiastiques. Ils ont évidemment suscité l’attention de tous les spécialistes, chacun ayant donné sa propre interprétation sur le sujet. La seule chose qu’on puisse dire, c’est que la solution est loin d’être évidente...

Une certitude, cependant, “il ne faut pas prendre à la lettre les noms de grands dignitaires”, comme le soulignait Paul Lebel dans son “Que sais-je ?” consacré aux noms de personnes, et donc les Lecomte n’ont jamais été comtes, les Leduc n’ont jamais été ducs, et bien sûr les Leroy n’ont jamais été rois, sinon dans des circonstances assez particulières.

Selon Lebel, les nombreux Leroy (quatorzième nom le plus porté en France) évoqueraient souvent le vainqueur d’une de ces nombreuses compétitions dont la population médiévale était friande. Chacun garde en mémoire Quasimodo, élu roi des fous lors d’une compétition de grimaces, mais il y avait aussi des rois du tir à l’arc et d’autres épreuves dignes parfois d’entrer dans le livre des records. Autre possibilité, toujours pour les rois, celui qui était à la tête d’une corporation, par exemple le roi des merciers (des marchands), ou d’une association beaucoup moins recommandable, comme le roi de la Cour des miracles dans Notre-Dame de Paris.

Cela suffit-il à expliquer la fréquence du nom de famille ? Peut-être pas, d’autant que nos Leroy sont aussi des Roy ou des Rey dans d’autres régions, et que le phénomène n’épargne pas les pays voisins : les Anglais ont des King, les Allemands des König (mais aussi beaucoup de Kaiser, c’est-à-dire d’empereurs), les Néerlandais ou les Belges des De Conynck. On a donc envisagé aussi, comme le fait Marie-Thérèse Morlet dans son dictionnaire des noms de famille, que tous ces noms pourraient être des sobriquets ironiques mettant l’accent sur la vanité de certains personnages : les Leduc ou les Lecomte seraient ainsi ceux qui se donnent des allures de nobles, dans leur façon de s’habiller ou de s’exprimer. Quant aux Lévêque, ils auraient cette onctuosité et cet embonpoint qui siéent tant aux dignitaires ecclésiastiques.

L’idée n’est pas mauvaise et comporte sans doute une part de réalité, mais là encore elle ne semble pas de nature à expliquer l’extrême fréquence de tels patronymes. Songeons qu’en cent ans près de 32.000 Lecomte sont nés en France, sans compter les Lecompte, Leconte, Comte, Conte, Compte et autres variantes. Pendant la même période, on a assisté à la naissance d’environ 18.000 Leduc et de 23.000 Lévêque, auxquels on ajoutera les Marquis, Leprince, Labbé et autres Cardinal. Bref, la solution est peut-être ailleurs ?

Par exemple, il faut se rappeler que le Moyen Âge fut l’époque du servage et que, même après l’abolition de celui-ci, chaque paysan continuait d’appartenir à son seigneur, tout comme les terres qu’il exploitait. Or, le parcellaire d’une paroisse médiévale montre en général la présence d’un nombre important de propriétaires fonciers, tantôt un comte ou un duc, tantôt un abbé ou un évêque, tantôt le roi. On peut donc penser que celui qui exploitait une terre royale était considéré par ses voisins comme l’homme du roi, d’où le surnom Le Roy (également Duroy), ces mêmes voisins étant peut-être pour leur part les hommes du comte ou de l’abbé.

Est-ce la bonne solution ? Difficile de le savoir, et c’est finalement normal. Notre regard et notre pensée d’hommes et de femmes du XXIe siècle ont bien du mal à envisager ce qui se passait dans la tête de nos ancêtres médiévaux , et, pour cette raison, un grand nombre de noms de famille continuent à garder tout ou partie de leur mystère.

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