Les noms de familles bretons

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Cette étude vise à donner un aperçu sommaire des noms de famille portés en Bretagne.
Elle ne concerne que la basse Bretagne, ou Bretagne bretonnante, composée en gros des départements du Finistère, des Côtes-d’Armor et du Morbihan.

Les noms de personne

Outre le répertoire traditionnel (noms judéo-chrétiens, noms germaniques), la Bretagne possède ses propres noms, d’origine celtique, qui évoquent des temps très reculés où le légendaire l’emporte le plus souvent sur la réalité des faits : les rois et les saints qui ont assuré la popularité de ces noms n’ont parfois jamais existé, en tout cas leur vie réelle ne ressemble guère à celle que les hagiographes ont imaginée. C’est bien sûr le premier thème de cette étude.

Les noms celtiques

Le plus populaire de ces noms est sans doute Tanguy (plus de 17.000 naissances ces cent dernières années, pour la plupart dans le Finistère). Il appartient à la catégorie des noms de guerriers, composés en général de deux racines, en l’occurrence tan (= le feu) et ki (= chien). Bref, celui qui est ardent au combat comme un chien. Ce n’est cependant pas un guerrier qui a rendu le nom si populaire, mais un abbé : fils du seigneur de Trémazan, Tanguy tue sa soeur Haude à la suite d’un malentendu, et renonce alors au monde. Après un jeûne de quarante jours dans la forêt de l’Elorn et un séjour au monastère de l’île de Batz, il fonde l’abbaye de Gerbert, au Relecq, et y meurt en 594.

Egalement très répandu, le nom Morvan est composé du vieux breton mor (= grand) et de uuan (= poussée, assaut), encore que cette seconde racine ne soit pas certaine (on a proposé aussi man = pensée, et certains préfèrent voir pour Morman, devenu Morvan, « l’homme de la mer »). On connaît un saint Morvan dont le tombeau se trouverait à Cléguérec, dans le Morbihan.

Hervé est lui aussi typiquement breton : la forme d’origine, Hoiearnviu, est composée de hoiarn (= fer) et de biu (= vif, ardent). Saint Hervé était né aveugle au manoir de Lannuzan, dans le Léon. Après une vie de pénitence, il fonde l’abbaye de Lanhouarneau, près de Lesneven. L’imagerie populaire le représente souvent appuyé à l’épaule de son guide, Guic’haran, et suivi d’un loup qu’il avait apprivoisé. Il aurait vécu au VIe siècle.

Prigent est formé pour sa part de la racine gent (= race, lignée) précédée de prit (= apparence, prestance). On retrouve la racine gent, gen à l’initiale dans le nom Guénan, et à la finale dans Derrien. Le nom exprime la grandeur, la noblesse, tout comme Briand, Briant (brient = importance, privilège).

Avec le nom Riou (également Rio), on entre dans le domaine royal (ri = roi), illustré par de nombreux patronymes commençant par la racine iud (= seigneur). Juhel signifie « seigneur généreux » (Iudhael), c’est le nom d’un roi de Domnonée au VIe siècle. Iudhael eut pour successeur Iudichael, à l’origine des noms Jézéquel, Jéquel, Giquel, Gicquel. Le frère de Iudichael s’appelait Judocus (breton Iudoc), mais il renoncera à la carrière royale et deviendra célèbre sous le nom de saint Josse, vénéré à la fois en Bretagne et en Picardie.

Egalement très populaire, Guéguen a dû avoir le sens de « combattant ». Il est formé sur la racine uuic (= combat), que l’on trouve aussi dans Guégan , Guézennec. Par contre, Guivarch signifie « digne d’avoir un cheval », tout comme Guiomarch, Guyomarch.

La liste pourrait prendre plusieurs pages, et il n’est pas question d’être ici exhaustif. Terminons par deux noms à l’étymologie parfois controversée, mais tous deux très répandus en Bretagne : d’abord Yves, à l’origine notamment des patronymes Yvonet et Yvonou. Le nom (celtique iv = if) n’est pas à proprement parler breton (l’équivalent est en effet Erwan), mais c’est en Bretagne qu’il a connu le plus grand succès, popularisé par saint Yves de Tréguier, surnommé l’avocat des pauvres et vénéré comme un saint avant même d’être mort (fin XIIIe – début XIVe siècle). Faut-il rattacher à Yves les formes Iven, Evain, Yvain ? La plupart des auteurs préfèrent les rapprocher du gallois Owen et de sa variante Ewan, d’étymologie incertaine.

Alain, plus couramment écrit Allain, est-il pour sa part un nom breton ? Non si l’on en croit M.T. Morlet (Dictionnaire étymologique des noms de famille), pour qui il s’agit du nom germanique Alanus, évoquant le peuple des Alains, venus de Scythie. Oui selon la plupart des auteurs bretons, qui le rapprochent du gallois alan (= cerf, également elain = biche) ou du gaélique ail (= rocher, diminutif ailin). En tout cas le premier saint connu ayant porté ce nom a bien vécu en Bretagne : il fut évêque de Quimper au VIe siècle.

Noms bibliques

L’une des particularités de la Bretagne, c’est d’avoir accordé une grande part à des noms bibliques portés ailleurs presque uniquement par des juifs, mais ici christianisés et même popularisés par des saints. Tel est le cas d’Abraham et d’Aaron, mais aussi d’Isaac (Izac, Nizac), de Moïse (Moysan, Moisan, Moizan) ou encore de Noé (Nohé) et de Samson.

Salomon est l’un des noms de famille les plus répandus en Bretagne, notamment sous sa variante Salaün. Saint Salomon fut roi des Bretons au IXe siècle. Neveu de Nominoë, il se débarrassa de son cousin et prétendant au trône Erispoë, avant de régner paisiblement de 854 à 874 (dates incertaines), se montrant zélé et charitable. Victime d’une conspiration, il est honoré comme martyr dans le diocèse de Vannes, où sa fête se célèbre le 25 juin. Chose curieuse, on trouve aussi le nom en Bretagne sous sa forme arabisée Souliman, Soulimant.

C’est également en Bretagne que le prophète Elie semble avoir connu le plus vif succès, donnant naissance aux patronymes Ely, Elias, Hélias et à leurs nombreuses variantes graphiques. Même chose avec Daniel (et ses diminutifs Daniélo, Daniélou), popularisé par un saint gallois du VIe siècle. Egalement d’origine hébraïque, mais plus traditionnellement chrétiens sont les noms Mahé (= Matthieu), Mathias, Simon et Thomas. Enfin, le baptême du Christ est associé aux nombreux Jourdain et Jourdan.

Noms gréco-latins et noms germaniques

Bien entendu, la Bretagne n’est pas restée à l’écart des diverses modes, et elle connaît aussi les noms de baptême traditionnels dans le reste de la France. Les graphies et la prononciation sont cependant souvent différentes, comme le montrent les exemples suivants :
Anton = Antoine, Bénéat = Benoît, Coustans = Constant, Dider = Didier, Marzin = Martin, Péron = Pierre (ancien cas-régime).

Un petit problème avec le nom Jaouen, que M.T. Morlet considère comme un nom celtique (vieux breton Iouhoven, à rapprocher du gallois gwen = sourire), mais qu’A. Deshayes (Dictionnaire des noms de famille bretons) rattache au latin Jovenus (dérivé de Jovis = Jupiter). En tout cas saint Yaouen fut un évêque breton du VIe siècle, disciple de saint Pol. A. Deshayes considère le nom Jouan comme une variante de Jaouen, mais il me semble préférable de le rapprocher de Jean.

Les noms d’origine germanique sont bien sûr présents eux aussi, mais moins que dans le reste de la France, du moins en basse Bretagne. Outre l’inévitable Guillerm (= Guillaume, hypocoristique : Guillou) et le très répandu Gautier, Gauthier, on rencontre des noms popularisés par les chansons de geste : Rolland bien entendu (et aussi Ollivier, mais ce dernier nom est d’origine latine), et surtout Hamon, qui arrive en dixième position des noms portés dans la région Bretagne depuis cent ans. Autres noms germaniques très courants : Bernard, Robert, Richard (variante : Ricard).

Diminutifs bretons, marques de filiation

Pour marquer la filiation ou donner au nom une valeur affective, la Bretagne dispose de nombreux suffixes qui lui sont propres. C’est le cas en particulier de -ec et surtout -ic, à l’origine de tant de patronymes : Robic (diminutif de Robert), Péric, Perrec, Alanic, Jouanic. Très répandu également, le suffixe -ou, que l’on trouve dans Daniélou, Jannou, Evenou. Dans la région de Vannes, ce suffixe devient -o et donne des noms comme Oliviero, Oliero, Paulo, Pédrono, Perrodo. Egalement très bretons sont les suffixes -an et -en , moins spécifiquement breton mais fort répandu aussi le suffixe -in. Notons enfin des doubles diminutifs en -egan, -eguen. Petite remarque : le suffixe -ès, -ez, que j’avais mentionné dans un précédent article, est plus souvent considéré comme servant à former des matronymes que des diminutifs.

Mais la Bretagne possède, et c’est peut-être sa principale originalité, un préfixe de filiation d’origine celtique. Ecrit au départ mab-, il est en effet l’équivalent de l’irlandais et écossais mac-, et est devenu par la suite ab-. C’est ainsi qu’Aballain signifie le fils d’Alain et Abhervé le fils d’Hervé. Parmi les autres noms commençant par ab-, on notera en particulier Abgrall, Abguéguen, Abhamon, Abjean (également Mabjean), Appriou (formé sur Riou). Cette liste montre que la préfixation en ab-, surtout pratiquée en Léon, s’est appliquée à des noms d’origines diverses, et pas seulement à des noms celtiques.

Signalons que, sur les trente noms les plus portés dans la région Bretagne, vingt-quatre sont des noms de personne, proportion nettement supérieure à celle de la France, où ils sont à peine une quinzaine.

Si les patronymes bretons comportent une très forte proportion d’anciens noms de baptême, les autres catégories sont également bien représentées, en particulier les noms de métiers et les surnoms divers…
Dans la plupart des cas, ceux-ci sont précédés de l’article défini français « le », équivalent du breton « an », souvent rencontré dans les textes anciens. La Bretagne n’est d’ailleurs pas une exception : le département voisin de la Manche et plus généralement la Normandie utilisent le même procédé, que l’on retrouve aussi dans le Nord (penser aux nombreux Lefèvre et Lefebvre évoqués dans un précédent article). Simplement, dans ces régions, l’article a été le plus souvent agglutiné au nom, ce qui est rarement le cas en Bretagne.

Noms de métiers

A tout seigneur tout honneur, le forgeron, Le Goff, qui arrive en troisième position des noms portés en Bretagne, et sans doute en deuxième si l’on ajoute la variante Le Gof. On lui adjoindra les formes plus françaises Le Fèvre, Le Febvre, Le Feuvre et le Feuve (du latin faber).

Autre métier très en vue, celui de charpentier, exprimé par le nom (Le) Calvez et ses variantes (Le) Calvès, (Le) Calvé. Pour le reste, on a souvent utilisé les noms français correspondants, et les formes bretonnes, même si elles existent, ne sont pas forcément les plus courantes. Le meunier se dit Le Mélinaire (variante : Le Milinaire), le tonnelier (Le) Barazer ou Le Fustec, et le boucher Quiguer. Notons quand même, parmi les noms relativement fréquents, le cordonnier, appelé Quéré ou Le Quéré, et le tisserand, qui est en breton (Le) Guyader. Le médecin est représenté par le nom Le Mézec, et le notaire ou son clerc s’appellent Le Sciellou (celui qui met les sceaux). Très breton autrefois, mais aujourd’hui on ne s’en aperçoit plus, le nom Le Matelot désignait bien sûr un marin.

On ne peut cependant terminer cette revue sommaire des métiers sans évoquer le barde, figure légendaire popularisée par les albums d’Astérix. Il s’appelle Le Bars, et se rencontre sous de nombreuses variantes (Le Bart, Le Bard etc ?). On le retrouve en breton moderne sous la forme barzh (= poète).

Surnoms divers

Cette catégorie est très bien représentée, les Bretons n’ayant pas hésité à multiplier les qualificatifs moqueurs (parfois aussi flatteurs), devenus par la suite noms de famille. Ils sont souvent bien difficiles à interpréter : ainsi, j’ai parmi mes ancêtres de nombreux Pézennec, qui me posent quelques problèmes. Le nom (autrefois Le Pezelec) désigne apparemment celui qui a une jatte, une écuelle en bois. Reste à interpréter le surnom, et ce n’est pas facile, même si on a tendance à penser à un mendiant (je ne descends décidément pas de Charlemagne !). Et que dire des Le Bail (l’un des cent noms les plus portés en Bretagne) ? Le mot « bail » s’applique à un animal qui a une tache blanche sur le front, mais je n’ai jamais rencontré le moindre individu doté de cette singularité. Marie Thérèse Morlet parle dans son dictionnaire d’un « surnom appliqué à la personne qui a le visage tacheté ». En fait, elle est comme moi, elle n’en sait rien ! Précisons que celui qui a des taches de rousseur s’appelle Le Bris.

Heureusement, tous les surnoms ne sont pas aussi difficiles à interpréter. On retrouve en Bretagne les surnoms les plus courants en France, notamment ceux qui sont liés à la taille ou à la couleur des cheveux. Notons d’abord le nom Le Roux, certes pas très breton étymologiquement, mais qui est le deuxième nom le plus porté en Bretagne. Ses équivalents bretonnants seront Le Ruz et surtout Le Guell. Celui qui a les cheveux noirs s’appelle Le Du, et les Le Guen ont des cheveux blanchissants, tout comme les Le Louet (= le gris). Quant aux chauves, très nombreux en anthroponymie, ce sont en Bretagne des Le Moal.

La taille joue un grand rôle dans le choix des surnoms. Les grands ne sont apparemment pas les plus représentés, même s’il existe de nombreux Le Bras, Le Meur ou Le Hir. C’est envers les petits que la verve bretonne se déchaîne. Les plus petits sont des nains ou des lutins, représentés par les noms Le Corre (quinzième nom le plus porté en Bretagne), Corric, Corrigou. Le nom Le Bihan (bihan = petit) arrive pour sa part en vingt-quatrième position, précédant de très peu les Le Berre (vingt-sixième place, berr = court). Albert Deshayes (Dictionnaire des noms de famille bretons, Le Chasse-Marée-ArMen) ajoute à ce trio les noms Le Huitoux (c’hwitous = menu), Granic (petit comme un grain) ou encore Brignonen (miette de gruau).

Les infirmités physiques sont montrées du doigt : Le Dall est un aveugle, Le Born et Le Borgne se passant de commentaires. Le Boulc’h a sans doute un bec de lièvre, Le Manc et Le Mogne sont manchots, Le Cam est boiteux, éventuellement bossu pour certains auteurs, rejoignant les Le Bolzec, Bossenec et Crom, qui eux sont bel et bien des bossus. Le Mut est évidemment muet, ce qui lui évitera de dire des bêtises comme le faisaient sans doute les Le Foll et les Le Diot.

Il est impossible de passer ici en revue toutes les catégories de surnoms, bien trop nombreuses. On les trouvera dans l’excellent ouvrage d’Albert Deshayes cité plus haut. Un dernier mot cependant pour le nom le plus répandu en Bretagne, Le Gall (variante : Le Gal, diminutif Le Gallo), qui a fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreuses interprétations. On est cependant d’accord aujourd’hui pour y voir le surnom des Français, en tout cas de ceux qui étaient étrangers à la Bretagne. Le nom est à rattacher à la racine germanique walah (= étranger).

Noms géographiques

Le nom Le Gall nous permet de faire la transition vers cette catégorie de surnoms donnés en fonction du lieu-dit habité par leur porteur ou d’une origine géographique plus lointaine. Là encore, on ne pourra être exhaustif. Un petit mot quand même pour ma mère, appelée Bolloré, un nom qui signifie « buisson de laurier ». Restons dans la végétation avec le terme koad (= le bois), à l’origine des noms de famille Coat, (Le) Couet, Coadic, Couédic, Coadou ou Coadigou. On retrouve le mot en composition avec des formes telles que Coatmeur (le grand bois). Le Guilly évoque un bosquet, avec une racine « killi » que l’on retrouve dans Quilliou ou Quillien.

Beaucoup de toponymes bretons se forment à partir de noms utilisés comme préfixes, suivis d’un qualificatif ou d’un nom d’homme. L’un des plus féconds est « treb » (= lieu habité, hameau, puis église secondaire), que l’on retrouve dans Trémaudant, Tréménec, Trévien. A noter aussi « plou », communauté de fidèles, regroupement administratif d’habitations éparses, qui apparaît dans Plougastel, Plouguerné ou Plouhinec. Mais le plus répandu, et de très loin, est évidemment « ker ».

Le vieux breton kaer, caer s’est d’abord appliqué à un enclos, puis à un lieu sommairement fortifié. Par la suite, il a désigné, et c’est encore le cas aujourd’hui, un groupe de maisons rurales, la traduction la plus correcte étant certainement « hameau », même si elle ne reflète pas forcément la nature exacte du toponyme, qui apparaît comme lié à un chef de famille ou de clan (Ker est le plus souvent suivi d’un nom de personne). Le dictionnaire de Deshayes signale en tout 582 noms de famille différents commençant par Ker-, et l’expérience m’a montré qu’il en avait oublié quelques-uns. Citons entre autres Kerautret, Kerbriant, Kerderrien, Kergoat, Kerhervé, Kerjean, Kermabon, Kerprigent, Kerrien, Kéruzoré, Kerverdo, Kervinio, avec mes excuses à tous ceux que suis forcé d’oublier ici.

Bien entendu, et je le répète, cet article ne pouvait être exhaustif. Malgré ses lacunes, j’espère qu’il aura pu donner des noms bretons une image assez fidèle, et laisser deviner toute la richesse de ce répertoire anthroponymique qui a toujours fasciné les spécialistes.

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