Les matronymes

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L’usage veut que les noms de famille soient souvent appelés "patronymes", un terme assez mal venu dans la mesure où le patronyme est un nom transmis par le père, et que ce n’est pas forcément le cas pour tous les noms de famille. Il existe en effet, bien qu’ils soient plus rares, des noms transmis par la mère, que l’on appelle pour leur part des matronymes...

 

Les Anglais, lorsqu’ils parlent de noms patronymiques, entendent par là des noms formés à partir de celui du père, en y ajoutant un préfixe ou un suffixe de filiation : ainsi, Martinez est un nom patronymique désignant au départ le fils de Martín. En France, les choses sont hélas plus floues.

De faux matronymes

Avant d’évoquer les matronymes, il faut d’abord se convaincre qu’il s’agit d’un phénomène très rare, la plupart des noms de famille étant bien transmis par le père. Trop souvent, les dictionnaires de Dauzat et de Morlet parlent de matronymes pour des noms de famille du nord de la France, alors que ce sont le plus souvent des patronymes comportant un -e final “parasitaire”, qui n’est aucunement la marque d’un féminin. Je rappelle ce qu’écrivait déjà au XVIe siècle Charles de Bovelle, un érudit picard se plaignant des fâcheuses habitudes prises par les gens autour de lui : “En vérité, ils ajoutent la lettre E à la fin du mot qui ne la comporte pas, ils la retranchent au mot qui l’a”. Le même phénomène se produit en wallon et en lorrain, et dans ces régions il est donc généralement faux de parler de matronymes pour des noms terminés par -ette ou -otte.

Autrement dit, les gens qui s’appellent Hanotte, Hannotte ou encore Hansotte portent un nom masculin qui équivaut à “Jeannot”, Han(s) étant une aphérèse de Jehan, Johan. Quelques preuves extraites du “Dictionnaire des noms de famille en Belgique romane” (Herbillon, Germain, Crédit communal, Bruxelles 1996) : on rencontre en 1352 à Liège un “Hanotes, fils de feu Johan”, et toujours dans la même ville, en 1630, un “Hanotes fis de feu Jehan Petisneis”. De la même façon, le nom Hansotte, ou du moins sa variante Hanchotte, apparaît à Stavelot en 1511 sous la forme “Hanchotte le Serian”. Même chose avec Henrotte, diminutif de Henri : “Henrotte fils de Johan de Weis” (Liège, 1449).

Les matronymes du Centre

Par contre, depuis le Limousin jusqu’à la Bourgogne, en passant par le Berry et le Bourbonnais, on rencontre un groupe important de matronymes formés d’une façon pour le moins originale : la préposition “à”, suivie de l’article défini et du prénom de la mère, éventuellement du nom du père. Ce qui nous donne des formes telles que Aladenise, Alabeurthe, Alablanche ou Alaphilippe. Signalons que les parents du poète Lamartine s’appelaient en réalité Alamartine. Selon André Alabergère (le bien nommé !) qui a consacré un petit ouvrage à ces noms (“Noms de famille des bocages du Centre”, 1998, éd. CGH-B), ces matronymes “sont issus d’une femme devenue chef de famille”, et on en compte en tout une centaine, dont la moitié subsistaient encore au début du XXe siècle.

Les matronymes bas-normands

Mais le vrai paradis des matronymes, c’est certainement la Basse-Normandie, en particulier la Manche et le Calvados. Dans ce dernier département, le nom de famille Marie est de loin le plus porté, mais parmi les dix noms les plus répandus on trouve aussi Jeanne, Anne et Catherine. A quoi on ajoutera Marion et Mariette (diminutifs de Marie), Marguerite et ses variantes Margueritte et Marguerie, Madeleine et Madelaine, Jacqueline, Jouanne (variante de Jeanne), Nicolle, Julienne, Ameline, Suzanne, Perrette ou Louise, pour ne citer que les plus courants de ces matronymes.

Reste le plus difficile : tenter de trouver une explication. Si j’en crois certains messages reçus à ce sujet, on a affaire au prénom de la mère utilisé comme nom de famille pour désigner son fils, et ce à des époques relativement récentes, des prénoms tels que Françoise, lui aussi devenu nom de famille, étant très rares au Moyen Âge. On m’a souvent parlé de filles mères, mais j’ai du mal à suivre cette piste, car il faudrait alors supposer que la majorité des femmes du Calvados auraient été des mères célibataires, ce qui est absurde. Par contre, l’idée d’une femme devenue chef de famille après son veuvage est plus acceptable, même si elle ne me satisfait qu’à moitié.

Autant dire que pour moi le mystère de ces matronymes normands n’est pas vraiment éclairci, et que je serais heureux si vous pouviez m’en dire plus.

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