Ils ont été dénaturalisés sous Vichy : découvrez ce nouveau fonds particulièrement émouvant

Le 16 juil. 2021 par Frédéric Thébault

Il aura fallu attendre près de 80 ans avant que les archives concernant la Seconde Guerre mondiale commencent à s’ouvrir et à être accessibles au grand public, sans qu’il faille des autorisations circonstanciées pour y accéder. C’est une bonne chose et il faut s’en réjouir pour le travail de Mémoire.

Le généalogiste lui aussi, bien entendu, en profitera ! C’est ainsi que sont aujourd’hui librement accessibles les dossiers de dénaturalisations établis pendant cette sombre période.

De quoi s’agit-il ?

Le 22 juillet 1940, l’État français vote le réexamen de toutes les naturalisations accordées depuis 1927, avec pour seul but de stigmatiser les dernières générations d’immigrés, qui se voyaient ainsi retirer leur nationalité… et pour conséquence pour nombre d’entre eux, la déportation et la mort.

Plus de 15 000 personnes furent concernées jusqu’en mai 1944 lorsque la procédure fut annulée, la guerre s’annonçant perdue pour le gouvernement Pétain et l’Allemagne.

Cette base numérique mise à disposition par les Archives Nationales contient les dossiers individuels de chaque personne concernée, librement téléchargeable. Ces dossiers contiennent courriers et décisions administratives et de nombreux renseignements sur les personnes visées. Le cas échéant, un lien permet de consulter la notice individuelle présente dans la base de données du Mémorial de la Shoah.

Attention cependant : la base est limitée aux personnes nées avant 1910, celles nées après étant susceptibles d’être toujours en vie. Cela représente tout de même plus de 7500 personnes.

Cette base de données a été entièrement indexée sur Geneanet et est donc disponible librement et gratuitement.

Accès à la base

La base de données est accessible en suivant ce lien (elle ne possède pas d’accès direct, n’étant qu’un relevé parmi tant d’autres de la section “Autres” des Relevés Collaboratifs).

Tapez simplement le nom recherché dans le moteur de recherche de la page d’accueil :

NB : vous n’êtes pas obligés de chercher uniquement dans cette base !
Une recherche depuis la page d’accueil de Geneanet vous fournira un résultat s’il y en a un, sous l’identifiant “depgn96393” et un pictogramme représentant un document texte :

Résultat

Vous obtenez une fiche contenant la personne recherchée, avec un lien vers les images numérisées “Voir le document” :

Ce lien vous mène vers le site des Archives Nationales, directement sur le dossier numérisé :

Cliquez sur une vignette ou sur le lien “consulter les archives numérisées associées” pour consulter l’image en grand :

La visionneuse des archives nationales vous permet de zoomer, jouer avec la luminosité ou le contraste, et surtout télécharger l’image sur votre disque dur, via un lien discret en haut à droite de l’image.

Quelques statistiques

Pour mieux mesurer l’ampleur de ces dossiers de dénaturalisations, voici quelques graphiques concernant les personnes concernées (sur l’intégralité des 15 000 personnes) :

On constate que les personnes les plus touchées étaient âgées d’une quarantaine d’années et d’une vingtaine d’années, ce qui correspond aux parents/enfants.

Les plus touchés ont été naturalisés pour l’essentiel juste avant la guerre, suivis de ceux de la décennie précédente.
253 naturalisés Français nés avant 1927 ont été concernés malgré l’année 1927 annoncée comme limite.

* Moldavie, Algérie, Portugal, Lituanie, République tchèque, Tunisie
** Afghanistan, Afrique du sud, Albanie, Bolivie, Chine, Costa Rica, Djibouti, Égypte, Estonie, Guatemala, Irlande, Libye, Madagascar, Maurice, Ouzbékistan, Pakistan, Paraguay, Vénézuéla, Vietnam, Monténégro, Saint-Marin, Singapour, Azerbaïdjan, Chili, Danemark, Finlande, Macédoine, Norvège, Suède, Irak, Iran, Liban, Malte, Arménie, Croatie, Syrie, États-Unis, Géorgie, Argentine, Pays-Bas, Serbie, Brésil, Monaco, Luxembourg, Israël, Slovénie, Maroc, Slovaquie, Biélorussie, Grande-Bretagne, Egypte, Lettonie, Bulgarie

La nationalité la plus représentée est… les Français, ce qui s’explique très simplement, les femmes prenant la nationalité de leur mari lors du mariage. L’exemple de Mme GOBIN fourni ci-dessus est révélateur, puisque née française, elle avait épousé un Allemand : son dossier de dénaturalisation n’a donc pas abouti et elle est restée française.
Suivent dans l’ordre les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les Roumains et les Allemands.

28 commentaires

J’ ignorais cette info, et je ne dois pas être la seule.


Ainsi, aucune difficulté pour les occupants de répertorier les ” indésirés ” et de sélectionner leurs proies.


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