Les écueils linguistiques en généalogie

Le 29 mars 2021 par Frédéric Thébault

En 2021, tout le monde (en France) parle français de la même façon. Mais il y a seulement un siècle, les langues régionales étaient encore bien présentes chez nos anciens. Et quelques décennies encore plus tôt, nos amis les curés remplissaient naturellement leurs actes en latin dans certaines régions, en allemand gothique dans d’autres, parfois même en patois… de quoi donner du fil à retordre à tout généalogiste actuel !

A l’occasion de la parution d’un nouveau guide des éditions Archives & Culture, que l’on ne présente plus, consacré au latin, l’occasion était toute trouvée d’évoquer les diverses ressources qui vous aideront à passer les écueils linguistiques que vous pourrez rencontrer.

Le latin

C’est le cas le plus fréquent que l’on rencontre. S’il est limité au XVIIIe siècle et avant, et aux registres paroissiaux, le latin est très employé, notamment dans les départements de l’est de la France, notamment ceux où le français n’était pas la langue la plus répandue : Alsace, Franche-comté, pays niçois, etc… mais cela peut varier. A la fois géographiquement, partout en France, tout dépendant bien entendu du curé, qui ne suit parfois pas les règles, et chronologiquement, car ce qui est répandu en 1690 l’est beaucoup moins en 1780.

La difficulté de ces actes se situe moins au niveau de la structure de l’acte, avec toujours, plus ou moins, les mêmes phrases utilisées, qu’au niveau des professions que l’on ne comprend pas forcément, des prénoms latinisés (Barbara au lieu de Barbe, Stéphane/Stefanus au lieu d’Etienne sont les erreurs les plus fréquemment commises par les généalogistes qui les recopient telles quelles dans leur arbre) ou des dates, sur lesquelles on se trompe facilement.

Vous trouverez sur Geneawiki un petit lexique (que vous pouvez compléter si vous le souhaitez !) consacré aux termes latins : https://fr.geneawiki.com/index.php?title=Termes_latins

Il contient des rubriques dédiées aux prénoms, aux noms de villes, régions, pays et un dictionnaire complet, lettre par lettre.

Ce nouveau guide, tout juste sorti des presses (il ne coûte que 10€) vous présentera également toutes les complexités de la langue latine dans les registres paroissiaux :

L’allemand gothique

La langue allemande est limitée à l’Alsace et à la Lorraine, mais son écueil est double : en sus de devoir la connaître, elle est souvent rédigée en gothique manuscrit, et nécessite donc une solide connaissance en paléographie… gothique. Qui plus est, la région ayant été allemande jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, les difficultés surgissent rapidement dès les débuts des recherches généalogiques. Heureusement, passées les années 1870 on revient en Français, avec quand même de nouveau de l’allemand dans la dernière décennie du XVIIIe siècle, pour ensuite passer au… latin.

Si Geneanet ne peut pas vous aider pour les actes que nous n’hébergeons pas, vous pouvez tout de même relire cette note toujours d’actualité pour consulter le site d’un passionné, et consulter notre page dédiée sur Geneawiki. Pour tous les actes hébergés sur Geneanet, notre visionneuse maison vous propose une aide en ligne : il suffit de cliquer sur le pictogramme représentant un parchemin pour ouvrir une aide à la paléographie… et passer ensuite à la traduction allemand/français, grâce à un dictionnaire bilingue ou à des sites comme Pons.com, Deepl.com, Reverso.net ou bien sûr Google Traductions ou d’autres encore.

Patois, dialectes et langues régionales

Le cas est relativement rare, mais il existe, par exemple dans les registres paroissiaux anciens d’Allauch, dans les Bouches-du-Rhône, dans des villages de Dordogne ou encore sur les registres notariés de villages de l’arrière-pays-niçois. Les registres sont en général très anciens et on trouvera rarement des dialectes au XVIIIe siècle mais le cas peut se présenter au XVIe. Il faut aussi prendre en compte le cas de la presse bretonne par exemple pour des périodes plus récentes, la presse étant une source d’archives souvent bien utile pour le généalogiste !

Le site Lexilogos, spécialisé dans le régionalisme (et pas seulement français), propose de multiples dictionnaires à consulter en ligne, certains bénéficiant même de moteurs de recherche intégrés. C’est un passage incontournable pour toute les particularités linguistiques, et pas seulement pour les dialectes, l’allemand gothique et le latin y étant évidemment bien représentés.

Une seule adresse pour le consulter : https://www.lexilogos.com/

Enfin, si malgré tout cela vous n’avez pas réussi à comprendre une phrase ou un mot, n’oubliez pas l’entraide généalogique, le principe sur lequel a été fondé Geneanet ! Un forum est à votre disposition pour tout problème de paléographie ou de traduction, n’hésitez pas aller y poser votre question, ou fournir de l’aide aux autres !

Le forum : https://www.geneanet.org/forum/viewforum.php?f=55199

56 commentaires

Bonjour,
Lire tous ces commentaires donne un peu le tournis – de l’ancien adjectif “tourniche” XIIIe siècle, qui a le vertige : le mot désigne une maladie du bétail qui se manifeste par le tournoiement de la bête atteinte – et c’est à y perdre son latin !
Mais puisqu’il est question de langue et que quelqu’un a parlé de l’italien, cette personne sait-elle comment faire des recherches en Italie.
Merci pour cet article et les nombreuses réactions riches d’enseignement.
PS : l’écriture inclusive, quelle horreur effectivement


L’édit de Villers-Cauterets ne s’applique qu’au Royaume de France. Les Régions extérieures utilisent pour leurs actes (en particulier paroissiaux) les langues de leur choix et leurs actes ne seront rédigés en français qu’une fois intégrées à la Couronne.
Les Diocèses d’Apt, Carpentras et Vaison-la-Romaine, qui forment ensemble aujourd’hui le Département du Vaucluse, étaient jusqu’à la Révolution “Etats Pontificaux” où seul le Latin était langue officielle. Ce n’était pas le Latin “classique” mais le latin ecclésiastique des 16e au 18e Siècles. Si le vocabulaire était différent, la grammaire y était appliquée, en particulier les déclinaisons. Ainsi les filiations entrainaient-elles le génitif (ex. Stephanus, filius Stephani)
La latinisation ne concernait pas que les prénoms mais également les lieux, mentionnés pour ceux originaires d’autres paroisses, pas toujoursq faciles à identifier : si bien des gens savent que “Vasio” es utilisé pour Vaison-la-Romaine, il est moins évident de deviner qu'”Intercallis” désigne la Commune actuelle d’Entrechaux”
Toutefois, pour le généalogiste, l’avantage du latin est qu’il est bien plus précis que le Français pour la qualification des liens familiaux : les oncles et tantes par alliance sont désignés par des termes différents des oncles et tantes “par le sang” qui, eux-mêmes, diffèrent suivant qu’ils sont en lignée paternelle ou maternelle.
Dans le cas de ces “Etats Pontificaux”, comme beaucoup de desservants n’ont pas le Français comme langue maternelle, mais le Provençal, des mots de cette langue peuvent être insérés dans le texte latin


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