Aux origines du champagne (à consommer avec modération)

Le 25 déc. 2020 par Frédéric Thébault

Nous en buvons tous (ou presque) entre le 24 décembre et le 1er janvier, le champagne est l’ingrédient essentiel des fêtes de fin d’année. Une bonne occasion de retourner aux sources en étudiant les racines des fondateurs des principales marques de “vin de champagne”.

Si les premières bouteilles de Champagne commercialisées à grande échelle ont vu le jour dans la première moitié du XIXe siècle, la boisson est née beaucoup plus tôt, dès le moyen âge, avec des “vins clairs” non encore effervescents. La région d’origine de ce vin, la Champagne, donne vite son nom au célèbre liquide qui obtient sa “forme” définitive à la fin du XVIIe siècle grâce à un moine de l’abbaye Saint-Pierre d’Hautvillers (Marne), l’abbé Dom Pérignon, qui en fixe la composition.

Depuis cette époque en particulier, la culture de la vigne pour la fabrication du champagne constitue l’un des principaux métiers rencontrés chez nos ancêtres qui vivaient dans la région, autour de Reims ou d’Epernay, où les vignerons sont légion.

Les grandes marques du champagne que nous buvons aujourd’hui voient le jour un siècle plus tard. Leur popularisation ira croissant jusqu’à nos jours. Une étude de 2016 indique ainsi qu’une seule personne consommerait neuf bouteilles en moyenne par an ! Il faut dire que les occasions d’en boire sont fréquentes : fêtes de fin d’année, anniversaires, mariages, réussites d’examens, etc.


Quelques noms célèbres du champagne

Veuve Clicquot

Fille du maire de Reims, baron et producteur de vin, Barbe Nicole PONSARDIN (1777-1866) épouse le sieur Clicquot qui possède une belle petite production de champagne fondée trente ans plus tôt. Elle n’a que 27 ans lorsque celui-ci décède, et qu’elle décide de reprendre les affaires en main. On la surnomme vive la Veuve Clicquot, et son nom finira par atterrir sur les étiquettes du champagne qu’elle produit, dirigeant d’une main de fer son industrie, qui aura presque décuplé à sa mort.
Elle descend en grande partie de familles bourgeoises de Reims comptant nombre de marchands, des échevins, notaires et avocats (ROGIER, SAUBINET, MARCONVILLE, HUART LE TERTRE… et RUINART, autre célèbre famille de producteurs de champagne), et du village de Bétheniville à une trentaine de kilomètres à l’est (PONSARDIN, SIMON, GALLOIS, BALLOSSIER). Au-delà du XVIe siècle, ses origines sont nobles et nous mènent aux rois de France en passant par la Moselle, la Meurthe-et-Moselle et la Vendée et des familles au service des ducs de Lorraine.


Krug

Né à Mayence, une ville aujourd’hui allemande mais qui était française lors de sa naissance, pendant l’occupation napoléonienne, Jean Joseph KRUG (1800-1866) quitte sa région en 1834 pour travailler au service d’un producteur de champagne près de Châlons. Très vite, il apprend le métier et gravit les échelons, puis il s’installe près de Reims pour gérer ses propres vignobles sous le nom Krug & Cie, dès 1843. Ses ancêtres, presque tous installés à Mayence, sont bouchers de père en fils sur une branche (KRUG – venus de Darmstadt au début du XVIIIe siècle -, MUNTSCH, SPANIER, FISCH) et boulangers sur une autre (JUNG), avec tout de même un tisseur de lin, un aubergiste ou un tonnelier de ci-de là (GROSS, HIEP, DIETERICH, KOCH, FAUST…)


Moët-et-Chandon

Le champagne Moët a été inventé par Claude MOËT (1683-1760), négociant en vin, qui rachète en 1743 un domaine viticole à Epernay et y fonde la Maison Moët. Il agrandit et embellit le domaine, et sa production de champagne évolue peu à peu de père en fils, jusqu’à l’arrivée du gendre de son petit-fils, Pierre-Gabriel CHANDON de BRIAILLES (1778-1850) qui entre en 1833 dans le capital et accole son nom à la marque. Celle-ci se développe alors considérablement, exportant par exemple ses vins en Europe et dans le monde. La famille MOËT est une vieille famille rémoise que l’on remonte jusqu’au haut moyen âge avec Colart LECLERC, marchand drapier et échevin de Reims de 1351 à 1358, dont l’arrière-petit-fils, Jean, seigneur de Taisy, voit son nom transformé, passant de LECLERC à MOËT. Cette famille possède les mêmes ancêtres CAUCHON que Nicolas RUINART, une lignée qui permet de remonter jusqu’aux rois de France.
Côté CHANDON de BRIAILLES, les origines familiales nous emmènent sur une ligne allant de Beaune à Saint-Chamond, près de Saint-Etienne, en passant par Lyon, Mâcon, Cluny et Saint-Gengoux-le-National, non loin de Châlons-sur-Saône, avec des métiers autour du tissage (des tissiers, un fileur de soie ou un tailleur d’habits) affiliés à de nombreux marchands et négociants dans le même domaine. En remontant le temps, on rencontre des procureurs et notaires, des maîtres-horlogers. Point de noblesse ici (la particule a été ajoutée) mais de la bourgeoisie aisée (CHANDON, GRANGER, RICHEPANSE, VIARD, AUJAS, VILETTE, PODECHARD…) Signalons aussi le tailleur d’habits Pierre MONLONG venu de Jurançon, dans les Pyrénées-Atlantiques, à la fin du XVIIe siècle et installé à Lyon.


G. H. Mumm

Le champagne Mumm est né en 1761, à Cologne, lorsqu’un banquier dénommé Peter Arnold Mumm se lance dans une fructueuse production et négoce de vin. Ses fils étendent l’activité en 1811 en s’installant en France, à Reims, où ils produisent du champagne à partir de 1827. Mais c’est le petit-fils, Georges Hermann MUMM (1816-1887), qui laisse son nom à la postérité et donne son nom en 1852 au champagne qu’il produit. Il est également l’inventeur du ruban “Cordon rouge” que l’on trouve sur les bouteilles et qui symbolise l’excellence de son champagne. Les ancêtres de George Hermann sont bien implantés à Francfort, dans la région de Düsseldorf, plus au nord, tout autour de cette ville (Dortmund, Lennep, Wesel, Harkorten, Bottrop…) avec les familles MUM, OTTO, SCHAFF, KIRSCHBAUM, von STOCKUM, SCHEIBLER, MOLL, SCHWARTZ ou plus au sud à Spire, Heidelberg et alentours (ZIEGLER, PASTOIR, ROSSBECHER, REGENSBERGER…). Encore plus loin dans le temps, on lui découvre également des racines françaises et belges (la frontière n’est pas loin) avec des familles de Valenciennes ou d’Anvers (BUIRETTE, de FAMARS, du CAGE, BONIVIER, SOHIER, SIMONS, MANNAERTS…).


Dom Pérignon

Fils d’avocat, petit-fils de notaire et de bourgeois, Pierre PERIGNON (1638-1715) est né à Sainte-Menehould, une petite ville située tout à fait à l’est de la Marne, à mi-chemin entre Reims et Verdun. Malgré les difficultés de recherche sur des périodes si éloignées, toute sa famille sur quatre générations (partielles) semble originaire de la même commune, avec un niveau social plutôt aisé (un autre notaire et un autre avocat, un marchand, un “Sergent Royal des eaux et Forêts”). Les familles se nommaient PERIGNON, GUYOT, GIRARD, PRESTRE, LAURENT, LE ROY, MAUGERARD.


Perrier-Jouët

Mariés en 1811, Pierre Nicolas PERRIER (1786-1854) et Rose Adélaïde JOUËT (1792-1841) se lancent dans le commerce du champagne issu de leurs vignobles des alentours d’Epernay, au sud de Reims. Très vite, ils se spécialisent dans l’exportation de vins au Royaume-Uni puis aux États-Unis. Leur fils Charles deviendra même le fournisseur attitré de la Cour d’Angleterre puis de celui de la Cour impériale française. Les PERRIER sont originaires d’Epernay (FILAINE, RIVAT) et de villages à l’est (Plivot, Chouilly, Aÿ – PERRIER, JACQUARD, TESTULAT, FISSIER, ANCIAUX) et de Châlons-en-Champagne (STRAPART, COLLINET, SALON, LOUVRIGNAT), où l’on trouve plusieurs métiers : des bouchers, des laboureurs et vignerons, plus loin dans le temps au XVe siècle un mercenaire venu de Suisse et de la petite noblesse rémoise.
Les JOUËT quant à eux venaient de deux régions différentes et relativement éloignées, puisque Adélaïde était née dans le Calvados. Ses ancêtres vivaient d’une part dans cette dernière région (Villers-sur-Mer, Heuland et Auberville, non loin de Cabourg où l’on trouve des JOUËT, VACQUENEL, LIEGEARD, QUERIER, LE MAREST, LE CORDIER) et d’autre part à Paris (SAUTEREAU, BOULLEMER, LEMAIRE, BARBIER où l’on trouve plusieurs marchands faïenciers et des officiers, des maîtres-serruriers et un Capitaine des Forges de l’Artillerie de France).


Pommery

L’histoire du champagne Pommery est assez similaire à celui de la veuve Cliquot puisqu’il concerne ici une autre veuve, Louise MELIN (1819-1890), épouse POMMERY, qui reprend les affaires de son mari en 1858. Lui-même avait racheté la société Dubois-Gossart vite rebaptisée Dubois & Greno, créée en 1836 et spécialisée dans le négoce de vin fin de Champagne. La veuve Pommery étend considérablement la production de champagne, jusqu’à en faire l’une des plus grandes marques de la région. Ce sera également la première à commercialiser un champagne brut, en 1874. Elle est issue d’un bon milieu social, avec un père “propriétaire” et “rentier”, et un arrière-grand-père avocat au Parlement, conseiller du Roi, grand Voyer et Trésorier de France. Sa famille est originaire d’une part des Ardennes (Annelles, Château-Porcien, Rethel) ou elle est née. On y croise les familles MELIN, GODRON, LARQUAY, DELAPIERRE mais surtout LUDINARD, de riches laboureurs venus de Novion-Porcien et de Sorbon.


Roederer

Originaire de Strasbourg, en Alsace, Louis ROEDERER (1809-1870) hérite en 1833 de la maison Dubois Père & Fils fondée par son oncle à Reims 60 ans plus tôt. Il donne son nom à l’entreprise et la fait fructifier en rachetant des parcelles de terrain, ce que personne ne fait alors. Sa famille est solidement implantée à Strasbourg depuis des siècles ; son lointain ancêtre Lamprecht ROEDERER, oculiste, maître-chirurgien et arracheur de dents, était venu de Nordlingen où il était né à la fin du XVe siècle. Se côtoient au fil des générations cordonnier, tanneur, fabricant de peigne, tondeurs de drap, tonnelier avec les familles ROEDERER, RIEDINGER, REINTHALER, BRAND, NOTTER, ENGELHARD, DORSCH, STROHL, WIEDEMANN, etc.


Ruinart

Nicolas RUINART (1697-1769), drapier de son état, ne se prédestinait pas à la production de champagne, bien qu’il en ait appris les secrets de fabrication grâce à son oncle. C’est quelques années après le décès de ce dernier qu’il décide de prolonger ce qu’il avait entrepris. Il fonde ainsi la première maison de champagne d’Epernay, en 1729. Ses ancêtres, communs à ceux de la veuve Clicquot, sont rémois depuis des générations (RUINART, MISSON, TAUXIER, COLTIN, HARMONVILLE…). Deux branches s’en détachent qui se raccrochent très vite à la noblesse : les GODINOT et les FRIZON, riches marchands de Reims qui donnèrent entre autre un capitaine des arquebusiers et un lieutenant des habitants de Reims au début du XVIIe siècle. Ces deux familles se rattachent elles-mêmes à plusieurs reprises aux CAUCHON, seigneurs de Gueux qui donnèrent de nombreux échevins de Reims et qui par leurs judicieuses alliances nous mènent aux seigneurs de THUISY au moyen âge. Erard de THUISY, ayant épousé Alix de CONDÉ à la fin du XIIIe siècle, on remonte alors aux plus grandes familles nobles du pays avec les ducs de BRABANT et à Philippe-Auguste, roi de France au tournant du XIIe siècle.


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62 commentaires

Un ami m’a procuré du Champagne BERGMANN de la région de Reims mais trop vieux pour être buvable ! Quelqu’un a-t-il connaissance de ce champagne et de l’origine des propriétaires ?
Merci et meilleurs vœux pour 2021


Une cousine de mon père élevait du champagne à Brasle à côté de Château-Thierry, mais fournissait également le curé du village en vin de messe.


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