Cas pratique de recherche généalogique : à la recherche des MARTIN

Le 5 oct. 2020 par Frédéric Thébault

Comment faire une recherche généalogique ? Découvrez notre méthodologie grâce à un cas pratique ! En partant d’informations lacunaires, nous allons essayer de montrer de quelle façon on peut chercher des informations sur une personne afin de reconstituer sa généalogie grâce aux ressources disponibles sur Geneanet… et ailleurs. Temps de la recherche : 4h00.

Nous allons effectuer une recherche généalogique pour un ami qui aimerait bien connaître ses racines. Les seules informations dont nous disposons sont la date et le lieu de naissance de son grand-père, Roland MARTIN, né le 21 août 1921 à Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne, et les nom et prénoms des parents de ce dernier, Julien MARTIN et Louise Joséphine VÊTU. On sait également que Roland MARTIN dirigeait l’entreprise “L’abri Forain”, située à Maisons-Alfort, non loin de Paris.

Deux écueils se présentent immédiatement :

  • Martin est le nom de famille le plus répandu en France, cela signifie qu’il y a de nombreux risques d’homonymes, et pléthore de Martin partout où nous allons faire des recherches.
  • Saint-Maurice est en banlieue parisienne proche : la population, à l’époque comme aujourd’hui, y était très importante, et les migrations entre Paris et la petite-Couronne fréquentes, sans compter l’immigration plus lointaine, elle aussi conséquente. Les racines parisiennes ou de proche banlieue éloignées dans le temps sont rares chez les Parisiens et banlieusards du début du XXe siècle et nous allons probablement quitter la région…

Nous commençons notre recherche sur Geneanet par Roland Martin né en 1921, sans succès. On trouve certes la mention de son décès dans les fiches de l’INSEE, mais celles-ci ne sont pas filiatives. Nous cherchons donc d’abord le couple des parents, avec les noms des deux conjoints (option Premium)… sans succès.

On espère alors pouvoir trouver l’un des deux parents, seul, pour cela on fait une recherche sans indiquer de lieu mais en indiquant une date de début (option Premium) entre 1860 et 1905 (en estimant un âge maximum des parents de 61 ans et minimum de 16 ans à la naissance de Roland) :

  • On obtient… 3698 résultats pour Julien Martin. On peut réduire ces derniers à 26 si on limite au Val-de-Marne (il n’y en a aucun sur Saint-Maurice) où l’on trouve des tables de successions numérisées, mais cela ne peut pas le concerner. Il est inutile de continuer à chercher à l’aveuglette sans indices supplémentaires.
  • pour Louise Joséphine Vêtu, ce sont 104 résultats que l’on affine à 4 qui concernent la même personne (une homonyme) en demandant les deux prénoms de façon obligatoire (option Premium) :

Sans piste particulière, nous allons nous plonger dans les archives numérisées et commencer par retrouver l’acte de naissance numérisé de Roland sur le site des archives départementales du Val-de-Marne (voyez notre carte de France des archives numérisées ici) Malheureusement, si l’on trouve facilement sa mention dans les tables décennales, les actes numérisés ne sont disponibles que jusqu’en 1918.

On se tourne alors vers les recensements de population de Saint-Maurice, qui sont en ligne jusqu’en 1936.
On commence par 1921 en priant pour qu’ils aient bien habité la ville lors de la naissance de leur fils… ce qui n’est pas sûr du tout, d’autant que le recensement a pu avoir lieu avant la naissance de l’enfant, fin août. Avec plus de 300 pages, il faut également espérer que si résultat il y a, il ne sera pas à la page 299…
Nous trouvons dans le premier tiers des images une famille Martin dont l’un des enfants se prénomme Julien : le père se prénomme Henri et la mère Berthe… Martin, le nom de jeune fille n’étant pas indiqué à l’époque. Le couple a deux enfants, Julien né à Tonnerre dans l’Yonne, et Louise née à Paris, tous deux en 1902. Ce ne sont donc pas des jumeaux, mais un écart de 9 mois dans la même année avec un déménagement à la clé est tout à fait envisageable.

Ceci étant, rien n’indique ici qu’il s’agit bien de “notre” Julien : on prend donc la décision de regarder les 300 pages du recensement, car il y en a peut-être un autre du même âge marié avec un fils Roland ! Dès la page suivante, un indice nous met la puce à l’oreille : deux numéros de rue plus loin vit une famille Vêtu ! Malheureusement, les parents sont trop jeunes pour être ceux de Louise Joséphine, ils ont plutôt l’âge que l’on suppose qu’elle a.

Reste que cette coïncidence de Martin / Vêtu, nom relativement rare, vivant à proximité, est troublante, d’autant qu’on ne trouve pas d’autre Julien Martin ni d’autres Vêtu dans le recensement.

Un indice de taille peut cependant nous sauver : Julien est né à Tonnerre, nous changeons donc de département pour les archives de l’Yonne… mais nous ne trouvons aucun Julien Martin né à Tonnerre, ni en 1901, ni en 1902, ni en 1903.

Les parents s’y seraient-ils mariés peu avant la naissance de leurs enfants ? Non plus ! Quant à y chercher une éventuelle naissance de la mère, Berthe, qui y aurait vu le jour en 1870, on ne connaît pas son nom de famille… Sans la naissance du fils, sans la garantie que ce soit la bonne famille, nous avons de sérieux doutes sur cette piste de toutes façons. Geneanet ne donne rien non plus : pas de Vêtu à Tonnerre, et seulement six aux alentours (option Premium) d’après la suggestion qui nous est donnée.

Avant de quitter les archives de l’Yonne, nous regardons par acquis de conscience les registres matricules militaires, mais ceux de 1922 (Julien a dû être enregistré à 20 ans, comme tous les hommes) ne sont pas disponibles.

Nous réalisons alors que nous n’avons pas regardé les recensements de 1926, où l’on a de fortes chances de trouver Roland avec ses parents. Henri et Berthe ne sont plus là, non plus que la famille Vêtu, mais nous trouvons bien Roland et ses parents. Et l’on progresse : cette fois-ci nous connaissons les âges des parents, même approximatifs. Celui de Julien, monteur en chauffage, correspond avec le Julien de 1921 et le couple vit quasiment au même numéro (les numéros des maisons pouvaient varier), c’est donc bien celui que nous cherchons.

On s’aperçoit tout de suite que Julien n’est plus indiqué né à Tonnerre, mais à Paris ! Il y a donc sans doute eu erreur en 1921 : nous quittons le Val-de-Marne pour les archives de Paris et nous parcourons immédiatement les 20 arrondissements de la capitale pour l’année 1902 afin d’y trouver Julien Martin. Tant que nous y sommes, nous allons aussi chercher la naissance de sa soeur Louise la même année. Mais c’est peine perdue : ni Julien, ni Louise !

Un peu perdus nous aussi, nous décidons donc d’aller chercher dans les villes aux alentours de Saint-Maurice : Charenton-le-Pont, Ivry-sur-Seine, Joinville-le-Pont, Maisons-Alfort, Alfortville, Créteil, Saint-Maur-des-Fossés.

Grâce aux tables décennales, la recherche se fait assez vite, mais on ne trouve rien : pas de naissance de Julien en 1902.

Nous cherchons également le mariage de Berthe et Henri, dont on sait maintenant qu’ils sont les “bons” parents de Julien. Il faut donc estimer une date pour ce mariage : Henri est né en 1885, et Berthe en 1870… cela est curieux, 15 ans d’écart avec la femme étant la plus âgée, pour cette époque cela reste rare, ne s’agirait-il pas de 1865 pour l’époux ?
Dans le doute, nous élargissons notre fourchette de recherche et nous regardons tous les mariages entre 1883 et 1902, d’abord dans les villes précitées où nous faisons chou blanc, ensuite à Paris où nous trouvons plusieurs mariages d’Henri Martin, mais aucun avec une Berthe.

Le mystère s’épaissit et nous sommes à deux doigts d’annoncer un échec à notre ami. Mais le généalogiste est tenace : Henri Martin a bien dû être militaire ? Cherchons donc sa fiche matricule ! Las, celle-ci n’existe nulle part…

Nous allons donc essayer de trouver d’éventuelles pistes dans la Bibliothèque de Geneanet (réservée aux membres Premium) : rien non plus. Restent Gallica et RetroNews. Sur ce dernier site nous trouvons en 1947 une coupure de presse qui enregistre la création de l’Abri Forain, à Maisons-Alfort, au 4, rue du Renard… ce qui ne nous avance guère.

Nous décidons alors d’aller chercher toutes les Berthe nées en 1870 à Tonnerre. Grâce aux tables décennales, on en trouve six, mais tous leurs actes de naissance n’ont pas de mention marginale de mariage, et l’on sait que le cas reste fréquent.

En désespoir de cause, on revient sur Geneanet pour voir si quelque chose ne nous aurait pas échappé, par exemple en regardant à nouveau les naissances de Julien Martin, cette fois-ci uniquement sur 1902…

Nous revoyons alors un élément consulté lors de notre première recherche, avant que l’on connaisse l’année de naissance de Julien : la fiche d’un Julien Martin, de profession “marchand forain” a été numérisée ! Cette fiche comporte l’adresse de son lieu de travail au 4, rue Renard à Maisons-Alfort… à l’adresse de l’Abri Forain que nous venons de trouver sur RetroNews… et ses date et lieu de naissance ! Cette fiche qui nous avait échappé de prime abord a été indexée par les bénévoles du Projet “Fichier des électeurs de Paris”, qu’ils soient 1000 fois remerciés pour ce travail, sans eux nous chercherions encore !

Nous allons immédiatement chercher son acte de naissance – nous aurait-il échappé ? – et nous comprenons tout de suite pourquoi nous avons eu tant de difficultés : Julien Martin est né hors-mariage, comme on le soupçonnait, sous le nom de VILLENEUVE, celui de sa mère, donc nous avions consulté son acte de naissance en quête d’une mention marginale inexistante… Henri et Berthe se sont en effet mariés longtemps après la naissance de Julien, en 1913, cette indication figure sur l’acte de naissance de Julien.

Le fil est déroulé, la reconstitution de l’arbre généalogique sera maintenant plus simple. Henri est bien né en 1885, le couple Vêtu qui vivait à côté de chez les Martin était bien de la famille de Louise, puisqu’il s’agissait de son frère, quant à la Louise née en 1902 qui vivait chez lesdits Martin en 1921 et donc nous n’avions pas trouvé la trace, elle n’était pas la fille d’Henri et Berthe, mais la belle-fille, sans doute pour accoucher dans de meilleurs conditions, près de son futur époux.

D’aucuns diront qu’il aurait suffi de consulter tout de suite la fiche de marchand forain de Julien pour retrouver sa trace, mais en matière de généalogie il n’y pas forcément d’ordre logique pour faire une recherche : si nous n’avions pas trouvé l’article de presse avec l’adresse de l’abri forain, nous n’aurions pu faire le rapprochement. Des erreurs sur les recensements ont également joué en notre défaveur et pouvoir trouver les bons actes est ici la résultante d’une combinaison ténue : une adresse postale dans un article de presse et une numérisation bénévole d’un fond non consultables sur les archives en ligne classiques.

Reste une énigme : pourquoi n’existe-t-il pas de fiche matricule pour Henri Martin dans les archives de Paris ? Etait-il militaire engagé avant son âge légal d’appel ? N’a-t-il pas été enregistré comme appelé à Paris parce qu’il n’y habitait pas ?

116 commentaires

Bonjour, Article très intéressant mais il faut beaucoup de patience pour avancer et surtout beaucoup de recherches et de lectures d’actes en ligne. Merci à l’auteur de cet article de nous éclairer dans les recherches.


Oui je connait je fait partie d’une chorale- Pendant le covid de mars à fin juin j’ai fait la généalogie de 5 amis Choristes (âgé qui non pas d’ordinateur) avec le minimum de renseignements a savoir parents et Gd parents et je les ai surpris et même pour l’une j’ai trouvé des photos de ses parents et oncles et tantes


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