700 millions d’ancêtres et moi et moi et moi : Jacques Dutronc cousin avec Honoré de Balzac

Le 13 oct. 2020 par Frédéric Thébault

La généalogie révèle fréquemment des cousinages surprenants, ainsi ce cousinage inédit entre deux hommes a priori très différents, Jacques Dutronc et Honoré de Balzac, réunis par l’amour des mots mais aussi désormais par le sang.

Ancêtres à la neuvième génération pour le chanteur yé-yé et à la cinquième pour l’auteur de la Comédie Humaine, Louis KYRIEL et Catherine Claude VISSERA se sont mariés à une date indéterminée que l’on peut situer vers 1720, probablement à Paris.

Louis était maître-boutonnier, c’est-à-dire le meilleur boutonnier (fabricant de boutons) de sa corporation de métier, installé rue Saint Denis, il était sans doute né au tournant du XVIIe au XVIIIe siècle. On ne connaît pas ses parents, contrairement à ceux de son épouse : François VISSERA et Catherine DEBRIE. Ce dernier était marchand passementier boutonnier, et il n’est guère étonnant que le mariage de sa fille se soit réalisé dans le même milieu, comme cela était courant à l’époque. Les quatre frères et soeurs de Catherine Claude firent de même, épousant la profession, ou des professionnels, des boutons et de la passementerie.

Louis et Catherine Claude décèdent vers 1740, laissant au moins six enfants.

Les ancêtres d’Honoré de Balzac

Leur fille Marie Catherine, née vers 1720, épouse en 1744 à Paris Louis SALLAMBIER (1716-1764), marchand et fabricant de galons installé non loin de la famille KYRIEL, rue Saint-Denis également.

Leur fils Claude Louis Joseph (1748-1803) s’élève rapidement dans la hiérarchie sociale. Il fournit ainsi l’armée, et les contemporains qui ont besoin de ses services se rendent “à la Toison d’Or, rue Honoré près celle de Bourdonnais, (où) Sallambier, brodeur, passementier et drapier, fait et tient tout ce qui concerne les uniformes civils et militaires”. Le couple (sa femme Sophie Marie Barbe CHAUVET est la fille… d’un marchand de galons) aura dix enfants dont cinq meurent en bas âge. Il est par la suite nommé directeur de la régie des hospices de Paris, dans des circonstances qui restent à retrouver.

Leur fille Anne Charlotte Laure, née en 1778, n’aura probablement pas son mot à dire quant au choix de son futur mari, qu’elle épouse en janvier 1797 à 21 ans, passées les turbulences de la Révolution : celui-ci, âgé de 53 ans, a 32 ans de plus qu’elle ! Il se nomme Bernard-François BALSSA et a eu une vie mouvementée : né en 1746 à Montirat à la frontière Tarn-Aveyron, à une quarantaine de kilomètres de Villefranche-de-Rouergue, le jeune paysan aisé qu’il est doit quitter rapidement sa région après avoir été emprisonné parce qu’il a refusé d’épouser une voisine qu’il avait engrossée. Il sert d’abord comme clerc de notaire puis de procureur à Albi avant de passer au service d’un marquis toulousain comme secrétaire particulier. C’est sans doute grâce à ce poste qu’il peut “monter” à Paris où on le retrouve employé au domaine de la couronne et secrétaire au Conseil du roi à Paris.

Pendant la Révolution, il milite dans le camp des Jacobins puis assure le poste de directeur des vivres militaires. BALSSA transforme son nom en de BALZAC pour coller à son rang social, et après avoir occupé le poste d’assesseur de juge de paix, il s’installe à Tours où il administre un hôpital et occupe le poste d’adjoint au maire. A 73 ans il prend sa retraite et s’installe à Villeparisis… dont il doit s’enfuir à l’âge vénérable de 80 ans après avoir engrossé une servante ! Il termine ses jours à Versailles en 1829. L’un de ses fils, Honoré, trente ans, commence cette même année à publier nouvelles et romans : il en écrira plus de quatre-vingts, toujours lus et étudiés aujourd’hui dans toutes les salles de classe de France…

Les ancêtres de Jacques Dutronc

C’est d’un fils de Louis KYRIEL et Catherine Claude VISSERA, Jean François, maître boutonnier et marchand passementier, que descend Jacques DUTRONC. Ce Jean François épouse Marie Thérèse VERSAULT qui lui donne une fille, Marguerite, qui épouse dans les années 1760 le marchand de galons d’or et d’argent Charles Adrien DEBUCOURT, un nom également orthographié “de BUCOURT”, sans doute pour les même raisons que celles qui poussèrent un certain DANTON, avocat, à inscrire son nom “D’ANTON” sur sa porte bien avant qu’il ne change d’avis du tout au tout.

Louise Rosalie DEBUCOURT, née en 1769 et jeune veuve de 28 ans, épouse en secondes noces Pierre Parfait PEPIN dont on ignore le métier, mais qui étant qualifié de “propriétaire” ne devait pas être dans le besoin.

Née vers 1800, leur fille Marie Amélie Caroline PEPIN épouse en 1819 un monsieur HUBAULT qui décède après lui avoir donné un premier fils, en 1825. Elle se remarie alors avec le fils d’un garde-forestier originaire d’Hérouville-Saint-Clair, dans le Calvados, Jean Simon DUTRONC, né en 1794 sans doute venu s’installer dans la capitale où on le trouve commis négociant en 1829. Les DUTRONC ou du TRONC sont une vieille famille d’Hérouville-Saint-Clair, où on remonte leur trace jusqu’à la fin du XVIIe siècle.

C’est en 1833 que naît à Paris Jean Parfait Francis DUTRONC , d’un milieu social correct puisqu’on le trouve commis de perception en 1873 ou employé de bureau un peu plus tard, pour finalement être qualifié de propriétaire. Pour quelles raisons lui et sa jeune épouse Marie Victoire MARTIN vivent-ils en 1861 , quelques mois après leur mariage, dans le Territoire de Belfort dans la petite ville de Florimont ? Mystère, car Marie Victoire est une pure parisienne, tout comme son époux. C’est en effet là que naît leur fils Gustave. Le couple retourne ensuite à Paris, ou en proche banlieue du moins, à Montrouge.

Gustave quant à lui profite des nombreuses opportunités fournies par le Chemin de Fer qui se répand partout en France : il y fera carrière, d’abord comme commis principal au service central d’exploitation, ensuite comme chef de bureau. Il passera sa vie à Montrouge avec sa femme Alice, née SAUTET, qui lui survivra 40 ans, car Gustave meurt à seulement cinquante ans, en 1912, seulement quatre années après son père.

Il laisse un orphelin de quatre ans, Pierre DUTRONC, diplômé des Ponts-et-Chaussées et ingénieur aux Charbonnages de France et musicien de bal à ses heures, qui grandit à Montrouge, épouse Marie Madeleine SOUNIER née à Nevers mais de racines nîmoises et ardéchoises, avant de terminer sa vie chez son fils, en Corse. Pierre et Madeleine ne sont autres que les parents de Jacques, célèbre acteur et chanteur et les grand-parents de Thomas, lui aussi connu pour ses talents de musicien…

La parenté entre les deux hommes :

6 commentaires

Merci pour votre recherche c’est très intéressant.


genesis1
14/10/2020

Bonsoir,
Merci pot ce bel article J’ajoute que Balzac a écrit une nouvelle sur le milieu professionel de ses grands-parents, passementiers,et drapiers de la Rue Saint-Denis. La maison du chat-qui-pelote.


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