Rencontre avec Claude Laignel, contributeur du projet “Nécropoles”

Le 7 sept. 2020 par Aliénor

Les contributeurs de Geneanet font un travail formidable, au service de toute la communauté généalogique. Ils numérisent et indexent quantité de documents d’archives, tombes et monuments, qui sont ensuite gratuitement mis à la disposition de tous. Nous sommes allés à la rencontre de Claude Laignel, fidèle contributeur du projet “Nécropoles”, qui a photographié à lui seul plus de 250 000 tombes et monuments !

Claude Laignel

Présentez-vous en quelques mots :

J’habite Avesnes-le-Comte (Pas-de-Calais) depuis 1988. Je suis rentré dans l’armée de l’air en 1970, 6 mois de formation militaire à Nîmes (Gard), puis 12 mois de formation technique à Rochefort (Charentes-Maritimes). Affecté à la station radar de Lucheux (Somme), Centre de Détection et Contrôle, dans le service transmission pendant 7 ans, muté à Contrexeville, station radar, jusqu’en 1987, retour à Lucheux jusqu’en 1990. En 1990, j’ai été recruté chez France-Telecom, en tant qu’agent des lignes, puis retraite en 2009.
Un peu sportif : football, randonnée, vélo, course à pied (20 km de Berlin, 25 km de Paris).
Lecture : roman de terroir, roman policier, historique.

Depuis combien de temps faites-vous de la généalogie ? Comment avez-vous découvert le projet “Nécropoles” ?

J’ai débuté la généalogie en 2010 au club d’Avesnes-le-Comte dirigé à l’époque par Jean Malbranque. J’ai connu Geneanet en 2011. En parcourant le site, j’ai découvert les différents projets. J’ai d’abord été attiré par “Monuments aux morts”. Ce sont les premières photos envoyées à Geneanet. Je parcourais les villages alentours en vélo, on prend le temps d’apprécier la nature et les paysages ; on découvre.
Puis j’ai visité les cimetières à la recherche des “Mort pour la France”, puis les tombes plus ou moins anciennes. Beaucoup de cimetières militaires jalonnent le Pas-de-Calais, traces de la violence des combats suite aux 2 conflits ; j’avais une “mine d’or” à exploiter.
J’ai d’abord exploré les petits cimetières (- 500 tombes). Je n’osai pas me lancer dans les grands cimetières. Je passais souvent devant le Duisans British Cemetery à Etrun (62), plus de 3400 tombes. J’ai franchi le pas, plusieurs après-midi, à raison de 3-4 heures. J’étais satisfait du résultat.

Geneanet a lancé un projet sur les nécropoles, j’ai voulu y participer. Entretenir, perpétuer la mémoire de tous ceux qui se sont battus pour leurs pays me motive dans ce projet ; donner la possibilité aux membres de Geneanet d’avoir accès à ces photos.
La 1ère nécropole : Saint-Pol-sur-Ternoise (62) : 723 tombes, une matinée.

Y a-t-il une nécropole en particulier que vous souhaiteriez nous présenter ?

Notre-Dame-de-Lorette

La nécropole qui m’a le plus marqué est celle de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (62). Je l’ai découverte suite à une demande d’un membre de Geneanet qui recherchait la photo de 4 tombes. En arrivant sur les lieux, j’ai été surpris par sa superficie : 645 m sur 200 m, soit 13 ha pour le cimetière ; c’est le plus grand cimetière français ; le site s’étend sur plus de 25 ha. Plus de 40 000 corps regroupés dans 8 ossuaires. Conflits 1914-1918. Le carré musulman héberge 570 soldats de l’armée française dans la partie Sud-Ouest du cimetière ; et dire que ce carré a été profané à plusieurs reprises.

Notre-Dame-de-Lorette – Carré musulman

J’étais perdu pour retrouver les 4 tombes. Heureusement, un service de garde d’honneur est au service des visiteurs ; il sert également de service d’ordre pour canaliser la foule. Des horaires de visite sont établis et variables de 8h30 à 18h30 selon la période de l’année. En dehors de ces heures, les portes sont verrouillées.
Chaque croix, à l’origine en bois, puis en ciment, surmonte la tombe. On y trouve 4 types d’emblèmes : croix latine, stèle musulmane, stèle israélite, stèle pour autre confession ou libre penseur. Chaque tombe est numérotée.

Notre-Dame-de-Lorette – Tour Lanterne

Une basilique a été construite en 1923. Sur les murs intérieurs, on voit des milliers de plaques en souvenir des sacrifices humains. Face à la basilique s’élève la Tour Lanterne (phare) dans laquelle sont installés un petit musée, une plate-forme permettant une vue à 360° ; son phare est visible à 70 km à la ronde. C’est également un lieu de mémoire pour la Seconde Guerre mondiale, guerre d’Algérie, guerre d’Indochine ; un soldat inconnu de chaque guerre y est transféré.

Je pense que j’ai mis 6 jours, départ maison 8h, retour vers 18h, à raison d’1 journée par semaine. J’ai oublié le temps qui passe. Je suis en retraite.
Cette nécropole, je l’ai photographiée en hiver ; j’étais chaudement vêtu : gants, bonnet. Les journées étaient plutôt fraîches, le sol plus ou moins gelé, fine pellicule de neige ; casse-croûte dans la voiture le midi ; pendant cette pause, je rechargeais les batteries de l’appareil photo sur l’allume-cigare avec un convertisseur : 72 V – 220 V.

Une fois, j’ai été surpris par le passage de 3 chevreuils à travers les tombes, c’était un dimanche, jour de chasse ; la nécropole est cernée de forêts sur 3 côtés.

À l’heure actuelle, j’ai visité 18 nécropoles allemandes, 13 nécropoles françaises, réparties sur le Pas-de-Calais, la Somme, le Nord et le Haut-Rhin (vacances chez ma fille). Cela représente plus de 110 000 tombes. À cela il faut rajouter les cimetières anglais, je n’ose pas les compter.

J’aime bien les cimetières anglais pour l’entretien du gazon et le fleurissement des tombes. Les nécropoles allemandes sont plus austères, pas de fleurs mais arborées, tombes surmontées de croix en fer noir, ou en pierre ; au pied de chaque croix 4 soldats sont enterrés, 2 de chaque côté de la croix ; mais elles ont un charme que j’apprécie. Je mettrai les nécropoles françaises en 3e position pour leur “beauté”. Une qui m’a déçue : Cernay, dans le Haut-Rhin, tombes fleuries mais envahies de mauvaises herbes.
Elles sont de taille variable : de 381 tombes à Sondernach dans le Haut-Rhin à 20 000 tombes à Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais).

Comment vous organisez-vous ? Avez-vous une « routine » de travail ?

Je prépare ma sortie la veille :

  • vérifier que les cimetières ne sont pas déjà dans Geneanet ;
  • j’organise un circuit avec les différents cimetières, je les localise, je consulte le nombre de tombes ; je consulte “Mémoires de pierre” ou le “CWGC” (Commission des tombes de guerre du Commonwealth.

Arrivé sur place, je consulte le registre à l’entrée du cimetière pour confirmer mes informations. J’essaie d’avoir un plan du cimetière si celui-ci est important. Cela me sert à me repérer dans l’avancement des photos si je le fais en plusieurs étapes.
Au retour à la maison, je fais un tri parce que je photographie également la nature que je croise (fleurs, arbres). Je regroupe les photos en dossiers de 300 à 400. Si besoin, je réduis la taille des photos, selon l’appareil que je prends, de 4 Mo elle passe à 1 Mo par l’intermédiaire de Caesium, petit utilitaire gratuit. Cela me permet de les envoyer plus rapidement à Geneanet, mais l’envoi peut s’étaler sur 1 ou 2 jours (3000-4000 photos).
L’envoi se fait via le menu Projets -> Mes contributions -> Tombes et monuments -> Déposer une photo.
Je suis surpris par la rapidité de l’indexation. On peut adresser un grand bravo à tous ces “indexeuses” et “indexeurs”. Je consulte les tombes illisibles, j’arrive à en compléter en allant consulter des registres sur Mémoires de pierre ou le CGWC.

Pourquoi publiez-vous vos photos sur Geneanet ?

Geneanet est un “coffre-fort” au service de tous ses membres, alors il faut l’alimenter ; et beaucoup en profitent. Je suis surpris par le nombre de messages reçus suite aux photos déposées, qui peuvent servir à illustrer des recherches, compléter des fiches généalogiques, conserver un souvenir :

« J’ai envoyé la photo à mes enfants et petits-enfants pour cultiver une simple mémoire » (c’était la tombe d’un soldat Mort pour la France en 1915).

Cela permet de rectifier des erreurs :

« C’était celui de Notre-Dame-de-Lorette, alors que cet ancêtre était censé être enterré à Camblain d’après sa fiche matricule. Bonne continuation et encore merci. »

Suite à la photo de la tombe endommagée de son arrière grand-parent en Alsace, un utilisateur a lancé la restauration de celle-ci :

« Bien que je vous connais pas je tiens à vous remercier pour la photo de mon arrière grand-parent prise à Aspach-le-Haut en Alsace. »

J’ai aussi reçu deux messages pour supprimer des photos, pas de problème !
Les messages reçus font chaud au cœur et m’incitent à poursuivre. De plus, c’est l’occasion de se promener dans la nature, au calme.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Pour se lancer dans l’aventure, commencer par des petits “chantiers” :

  • monuments aux morts,
  • plaques commémoratives,
  • quelques tombes caractéristiques.

Cela permet de découvrir les différentes étapes : photos -> envoi -> indexation.
Je n’ai qu’un simple appareil photo numérique, et depuis peu j’utilise mon téléphone en relais. J’oubliai : un parapluie peut être utile ; je l’ai déjà utilisé à plusieurs reprises, il ne me restait que quelques photos à prendre !
Fin août, je prévois un panier et un couteau, les rosés des prés sortent de terre, on joint l’utile à l’agréable, profitons de la nature.

Un grand merci à Claude pour son témoignage et le travail formidable qu’il réalise !
Vous aussi, si vous vivez non loin d’une nécropole militaire, vous pouvez participer à ce formidable réseau d’entraide, alors n’hésitez pas !

18 commentaires

Votre travail au service de tous est formidable. Un très grand merci !


Merci, pour ce que vous faites, qui nous aide beaucoup nous généalogistes.
Faites-vous également les ossuaires?
L’arrière grd-père de mes enfants est dans l’ossuaire de la nécropole à Berry au Bac


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