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Prix littéraires et généalogiques 2019 : entretien avec les gagnants

Le 22 juil. 2019 par Frédéric Thébault
 

La deuxième remise de prix littéraires et généalogiques, organisée par les éditions Archives & culture, s'est déroulée au mois de mars dernier. Etaient primés les ouvrages des catégories "Souvenirs familiaux" et "Histoire et généalogie". Leur parution récente méritait que l'on s'y attarde en contactant leurs auteurs, à qui nous avons posé quelques questions.

Prix “Souvenirs familiaux”

Françoise Le Meur et Daniel Stéphan, pour “Dans les pas de Sébastien”

 

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Ancien enseignant originaire du Nord Finistère, je consacre ma retraite à la peinture et à la généalogie. Et Françoise Le Meur, mon épouse, enseignante également, consacre son temps libre à la randonnée, la lecture et l’écriture.

Quelle a été votre motivation principale pour vous lancer dans la rédaction de cet ouvrage ?

Daniel Stéphan – En effectuant, conjointement avec mon frère Guy Stéphan des recherches sur mes aïeux, j’ai découvert aux archives départementales de Brest la fiche matricule de Sébastien Stéphan, le frère de mon arrière-grand-père. Cette fiche m’a d’abord surpris par son contenu très dense, comprenant plusieurs compléments collés et rabattus dessus. Puis la mention « CDC » m’a interpellé.
S’en sont suivies des recherches historiques en lien avec le parcours de Sébastien mais également ceux de ses frères et de son père.
En discutant dans mon entourage de ces parcours singuliers, les plus anciens de la famille m’ont alors raconté leurs propres souvenirs.
L’idée d’écrire un livre est née à ce moment-là mais je devais trouver une personne pour transformer ces recherches en un roman. Et c’est ainsi que mon épouse s’est à son tour plongée dans les archives et dans l’écriture de ce projet.

Françoise Le Meur – Pour ma part, ma motivation a été double :
– La force réparatrice de la généalogie en redonnant, grâce à ce roman, une place à un jeune homme banni de sa région à 15 ans avec toute l’incidence sur les générations suivantes.
– Le devoir de mémoire en rappelant qui étaient les « enfants des corridors, enfants des courants d’air » évoqués par Jacques Prévert et les fameux « cocos », les rebuts de l’armée française.

Qui est Sébastien ?

Sébastien est né à Kerlouan dans le Finistère Nord en 1867, cadet d’une fratrie de quatre garçons. Sa vie bascule après le décès de son père et le remariage de sa mère. Il va alors commettre une faute qui va le conduire à Mettray, près de Tours, dans un pénitencier pour enfants puis, quelques années plus tard, dans les compagnies disciplinaires des colonies en Afrique de l’Ouest en passant par la forteresse de l’île d’Oléron.

Comment avez-vous choisi votre “héros” ?

Le parcours de Sébastien nous a permis de raconter une période de l’histoire très peu décrite en littérature ou filmographie, de 1880 à 1913, et de dénoncer les terribles sévices subis par les enfants dans les bagnes puis par les « cocos », les fusiliers des compagnies disciplinaires qui ont participé à la colonisation de l’Afrique sub-saharienne, entre autres.

Qu’est-ce qui est le plus facile et à l’inverse le plus difficile, lorsqu’on souhaite raconter la vie d’une personne qui nous est proche ?

Françoise Le Meur – Le fait que Sébastien ait vécu à la fin XIXe siècle a permis une écriture plus libre ce qui aurait été moins le cas avec un aïeul contemporain. D’autre part, sa fiche matricule a été la colonne vertébrale du manuscrit.

Il est difficile d’intéresser les lecteurs au-delà du cercle familial et de rester en conformité avec l’homme que Sébastien était tout en introduisant une part d’imagination.
Mais le plus difficile est peut-être de rendre éminemment vivante une personne de notre famille dont on sait qu’elle est décédée depuis longtemps, d’où le choix du présent de l’indicatif.

Pensez-vous consacrer un autre ouvrage à un autre personnage de votre famille, proche ou lointaine ?

Les encouragements de tous les membres du jury du concours « Généalogie et Histoire » nous incitent à nous plonger dans une nouvelle histoire familiale, celle du neveu de Sébastien, Jean-Marie, un des premiers à répondre à l’appel du Général De Gaulle en juin 1940.

 


Catégorie “Généalogie et Histoire”

Jean-Luc Brachet, pour « Histoire d’une binoche »

 

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille en 1977, j’ai travaillé alternativement pour des entreprises (Michelin à Clermont-Ferrand, Crédit Mutuel à Strasbourg) et des journaux (notamment le Courrier de l’Ouest à Angers). J’ai eu l’occasion de rédiger le portrait de nombreuses personnes, connues ou non, c’était mon exercice préféré. Je suis descendant de la famille Binoche par ma mère, disparue alors que je terminais les corrections du livre. Je lui ai naturellement dédié.

Quelle a été votre motivation principale pour vous lancer dans la rédaction de cet ouvrage ?

Avouable ou non avouable ? J’ai fait de l’athlétisme, jusqu’à cinq entraînements par semaine (ma silhouette actuelle ne permet pas de le deviner…) et quand j’ai arrêté, cela m’a manqué. Un peu. Et je suis passé à la randonnée. J’ai publié mes premiers articles à 15 ans mais cet exercice quasi quotidien d’écriture me manquait à la retraite. J’ai d’abord créé un site Internet sur l’histoire familiale (« L’Arbre des Binoche »), qui a été l’occasion de contacts inespérés avec des cousins inconnus qui m’ont alimenté en anecdotes multiples, inattendues et savoureuses. Mais un site Internet ne permet pas de raconter une telle saga de façon suivie. Après avoir adapté une version imprimée du site, diffusée dans le cercle familial, j’ai voulu raconter l’histoire familiale comme un roman. J’ai utilisé les anecdotes avérées comme autant de passages obligés, en effectuant des recherches complémentaires pour faire revivre les couvreurs, le recteur des écoles, le maître chirurgien, le marchand de nouveautés ; reconstituer l’histoire du Brésil au temps où Jules et Adolphe Binoche y étaient. J’ai transpiré… ça m’a rappelé l’époque où je courais le 800 mètres !

Qui sont les Binoche ? 

Une famille de l’Yonne dont on peut situer très précisément l’origine géographique. Le premier porteur du nom le devait à la binoche, un outil qui servait à « binoquier », faire le second labour en ancien français. Ses descendants étaient couvreurs sur plusieurs générations, l’un est descendu des toits pour entamer l’ascension de l’échelle sociale, en devenant recteur des écoles, son fils maître-chirurgien, et son petit-fils est parti faire fortune à Paris comme marchand de nouveautés, marchand de tissu. Une activité qui fera la fortune de la famille en s’expatriant un temps à la Nouvelle-Orléans et à Rio de Janeiro notamment.

Comment avez-vous choisi votre “héros” ?

Adolphe Binoche, outre qu’il est mon trisaïeul, est le personnage à la fois le plus documenté et le plus emblématique de la famille. Parti à 18 ans rejoindre son frère négociant à Rio, il s’y marie à une Brésilienne, descendante de Botafogo et d’un clan écossais par des détours improbables, avec laquelle il aura 14 (quatorze !) enfants. Rentré en France, il est cofondateur de la Compagnie maritime des Chargeurs Réunis. Dans sa propriété de Champs-sur-Yonne à côté d’Auxerre, il fait bâtir un étonnant château d’eau qui vient d’être superbement rénové. Une association de passionnés fait d’ailleurs revivre la mémoire des Binoche dans ce village, dont l’un d’eux a longtemps été maire.

Qu’est-ce qui est le plus facile et à l’inverse le plus difficile, lorsqu’on souhaite raconter la vie d’une personne qui nous est proche ?

Mon grand-père maternel est le seul personnage évoqué dans le livre (pour son évasion rocambolesque de Maubeuge assiégée en 1914) dont j’ai croisé la route – mais il est décédé quand j’avais deux ans. Et, peut-être que de ne pas porter le nom de mes héros m’a donné la distance nécessaire pour ne pas verser dans l’hagiographie. L’idée du livre, c’est de proposer un récit qui captive au-delà du cercle familial. C’est ce qu’a jugé le jury, et le travail d’éditeur qu’a réalisé Archives et Culture a bonifié le projet – merci à eux !

Pensez-vous consacrer un autre ouvrage à un autre personnage de votre famille, proche ou lointaine ?

Il y aurait de la matière. Les Brachet s’étonnent que j’aie choisi la famille Binoche et attendent l’équivalent…On prétend descendre d’un soldat d’Hannibal qui aurait refusé de passer les Alpes derrière les éléphants et se serait établi en Savoie – évidemment sans preuve aucune. Il y a encore dans la branche maternelle un hussard de Napoléon, originaire de Westphalie, veuf à 71 ans, remarié à 78 ans avec une jeunette de 36 ans sa cadette qui lui a donné une fille deux ans avant son mariage. Une sacrée nature ! Mais mon projet actuel est tout autre, je travaille sur un recueil de nouvelles intitulé « Les vieilles dames ne sont pas insensibles à mon charme ». En réalité,  c’est moi qui suis touché par la tendresse de certaines « vieilles dames » (concept de plus en plus relatif) dont je tente le portrait. Trouveront-elles un éditeur sensible à leur charme?

 


 

3 commentaires

Bonjour, j’ai été intéressé par cet article parce que , réalisant ma généalogie, j’ai toujours recherché des personnages dont le parcours sortait du commun. J’en ai trouvé un sur une branche du côté de ma femme.De cet homme ,né en 1763 à Plounez : Jean-rolland COUSIN, j’en ai réalisé la biographie. Cela m’a passionné de rechercher des documents d’époque, tant à Brest qu’à Paris et autres lieux.


coatrinea
27/07/2019

L’Histoire de nos familles, me fait cogiter, trop tard (retraitée), puisque bébé, je “rêvais” de savoir, lire (on m’a raconté, que dès que j’ai tenu sur mes fesses sur une couverture, je babillais cernée de revues et de livres, sage comme pas possible..( JE” BABILLE” TOUJOURS, seule, commentant tout!!!), de là à l’écrit.. tout le reste à suivi! comme je comprends, ,presque envieuse pour leurs capacités à ordonner les récits..


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