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L’anonyme du jour : Marguerite Dislère

Le 24 déc. 2018 par Frédéric Thébault
 

Voici une nouvelle personne extirpée de la foule des anonymes, prise au hasard de nos recherches dans le but de montrer de quelle façon on peut chercher des informations sur elle et reconstituer son parcours de vie. Ce mois-ci, c'est Marguerite Dislère qui sort de l'anonymat. Temps de la recherche : 2h00.

A l’occasion des fêtes de Noël, nous avons fait le pari de retrouver une personne citée dans un journal du 25 décembre 1918 (ici Le Petit Parisien). Les candidats étaient peu nombreux, mais cette annonce a attiré notre attention :

Qui peut bien être cette admirable et dévouée infirmière ? Le premier réflexe est bien évidemment de chercher sur Geneanet via le menu “Rechercher > Rechercher mes ancêtres”. Nous ne cocherons pas la case en pied de formulaire, “utiliser les variantes par nom et prénom pour tous les critères” (option Premium), pour ne pas avoir trop de résultats : en 1918, l’orthographe des noms propres est en général fidèle à celle de l’état civil.

Comme nous n’avons aucune idée de l’endroit où elle a pu naître, se marier ou décéder, ni de son âge, nous nous contenterons de taper le nom et le prénom :

La rareté du nom joue en notre faveur : seuls sept résultats sont affichés.

On écarte tout de suite les premier et dernier résultats, trop ancien. On constate rapidement que quatre résultats concernent a priori la même personne grâce au second prénom Eglé(e), rarissime, et au nom du mari, Houdard. L’un (en double, une fois comme individu principale et une fois comme conjoint) donne la photo de la sépulture à Sallaumines, dans le Pas-de-Calais, les autres donnent deux arbres sur lesquels Marguerite Dislère est figure.

Sur l’un, Marguerite est dite née en 1852, sans autre précision (https://gw.geneanet.org/moncha?n=dislere&oc=&p=marguerite+eglee), sur l’autre elle est dite décédée après 1904, sans précision, et mariée au sieur Houdard (https://gw.geneanet.org/brigittesuin?n=dislere&oc=&p=marguerite+egle+melanie).

On aurait vite tendance, à ce stade-là, de valider l’hypothèse que “notre” Marguerite Dislère est bien l’épouse Houdard, car tous les éléments semblent correspondre. Ce serait commettre une bien grosse erreur !
En effet, plusieurs éléments doivent nous mettre la puce à l’oreille :

  • En 1914, Marguerite aurait tout de même eu 66 ans, ce qui est bien âgé pour se rendre sur le front de Verdun, même si ce n’est pas impossible
  • Mariée en 1878, Marguerite n’aurait-elle pas plutôt dû été dénommée Marguerite Houdard au lieu de Marguerite Dislère, son nom de jeune fille ? Si la pratique de l’indication du nom de jeune fille pour les femmes mariées est aujourd’hui courante, elle ne l’était pas il y a un siècle
  • Regardons-bien la photo de la sépulture, et le relevé du nom : Marguerite Dislère est décédée en… 1910 ! Tous nos espoirs s’envolent : ce n’est pas elle.

Un seul résultat n’a pas été consulté : celui d’un relevé provenant d’une sources externe à Geneanet, et indiqué ici “gntpleonore”. Un clic sur ce dernier nous mène sur la base Leonore, qui n’est autre que la base des médaillés d’honneur sur le site des Archives Nationales.

La consultation de son dossier de Légion d’Honneur ne laisse place à aucun doute : “notre” Marguerite a été décorée comme chevalier de la Légion d’Honneur le 23 décembre 1918, soit deux jours avant la publication de sa décoration dans le journal.

On y apprend qu’elle est née Marguerite LEGRAND le 1er octobre 1868, à Paris. Elle avait donc 46 ans en 1914. En étudiant attentivement tous les documents de la Légion d’Honneur, on voit qu’elle est nommée à plusieurs reprises “Marguerite Paul Dislère”, peut-être un deuxième prénom de l’état civil.

Nous allons sur le site des archives de Paris où après avoir tâtonné dans les différents arrondissements, nous trouvons vite son acte de naissance dans le cinquième arrondissement. Ses parents étaient négociants, et la mention marginale nous indique que Marguerite s’est mariée juste avant l’obtention de sa médaille, le 21 octobre 1918, avec Paul Dislère. On en conclut par la même occasion que “Marguerite Paul Dislère” indique le prénom de son mari.

La consultation de son acte de mariage ne semble pas forcément nécessaire car nous connaissons ses parents et son mari, mais en matière de recherche, il faut toujours consulter un document lorsqu’on ne a la possibilité, le moindre petit détail pouvant apporter des renseignements sur une personne.

Nous y apprenons ainsi qu’elle a déjà été mariée une première fois en 1889 avec Amédée HORVILLE. Ce second acte de mariage nous apprend que Marguerite était d’un niveau social élevé : elle était la fille d’un ancien notaire et membre du Conseil Général du Calvados, Louis LEGRAND (étant décédé en 1918, rien n’est indiqué sur le second acte de mariage), et que son premier époux est un “ancien avocat”. Un divorce a été prononcé en 1901, le mariage n’aura duré que douze ans.

Son second époux, Augustin Félix DISLERE, est né en 1840, il a donc 78 ans, et 28 ans de plus que Marguerite ! Son “pedigree” est brillant : Président de section honoraire au Conseil d’Etat, Grand’ Croix de la Légion d’Honneur et membre du Conseil de l’Ordre.

Avant de nous renseigner sur ses deux époux et d’éventuels enfants, nous allons chercher son acte de décès. Nous savons d’après les documents constitutifs de sa Légion d’Honneur qu’elle est vivante en 1925 et que l’adresse du couple au 10 avenue de l’Opéra à Paris, sur une enveloppe, a été rayée pour “Hôtel de l’Amirauté” à Vichy, Allier. En l’absence d’actes numérisés pour cette période dans l’Allier, nous allons tout de même chercher sur Paris en parcourant les tables des années suivantes, un travail assez fastidieux mais nécessaire.

Nous n’y trouvons pas Marguerite, mais son premier époux Amédée Horville, décédé en 1907 et indiqué comme juge au Tribunal civil de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, et son second, Augustin Dislère, décédé en 1928. Sur cet acte, ce dernier est dit “époux en secondes noces” de Marguerite et non “veuf”, ce qui signifie qu’elle est toujours vivante cette année-là.

La recherche d’enfants entre Amédée et Marguerite à Paris entre 1889 et 1901, année du divorce, ne donne rien. A moins que le couple ait vécu ailleurs que Paris, Marguerite n’aura sans doute pas eu d’enfants.

La recherche ne saurait être complète sans faire d’abord un petit tour dans la Bibliothèque de Geneanet, où nous trouvons d’autres mentions de la décoration de Marguerite à la veille de Noël 1918… :

… ainsi qu’un article de presse avec sa photo !

Quant à Paul Dislère, Google nous suffira : une fiche très complète sur Wikipédia nous informe que : “Paul Dislère, né à Douai le 1er décembre 1840, mort le 7 avril 1928, est un polytechnicien français, fils d’Augustin Félix Joseph Dislère et de Sophie Augustine Thérèse Vanhacken. Il est décédé à Paris, à la suite d’un accident de la circulation en avril 1928. Polytechnicien (promotion 1859), ingénieur naval et grand administrateur français, maître des requêtes, conseiller d’État, président de section des Finances puis de l’Intérieur et du Culte au Conseil d’État, il est le rédacteur de la loi de séparation de l’Église et de l’État. Il est président de section honoraire du Conseil d’État le 1er octobre 1911.”

On trouve également facilement sa photo :

La recherche est terminée, avec un seul manque : l’acte de décès de Marguerite. Un lecteur saura-t-il le retrouver ?


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33 commentaires Voir les commentaires précédents

Merci , très intéressant a suivre l enquête , oui la généalogie c est parfois du Maigret , Merci aussi a Marguerite pour son implication dévouée pendant la première guerre mondiale , une rue quelque pourrait porter son nom !


Didier JOURDAN
09/01/2019

Marguerite DISLERE née LEGRAND, étant Normande, j’ai mis sur ma base jourdan81 ses ascendants….


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