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Archives de la Vendée : interview du directeur, Thierry Heckmann

Le 10 déc. 2018 par Frédéric Thébault
 

La consultation des sites d'archives départementales est devenue aujourd'hui incontournable pour tous les généalogistes. Derrière cette source d'informations cruciale pour nos recherches se cache une équipe qui oeuvre au quotidien pour la sauvegarde du patrimoine archivistique, et pas seulement pour les généalogistes ! Nous sommes heureux de vous présenter une interview du directeur des archives de la Vendée, Thierry Heckmann.

Interview de Thierry HECKMANN,
directeur des Archives Départementales de la Vendée

Pouvez-vous présenter votre parcours professionnel ?

Formé à l’École des Chartes, mais aussi au contact des chercheurs qui me font découvrir la spécificité de leurs sources, j’ai d’abord servi une demi-douzaine d’années dans le Pas-de-Calais, un département où le public de généalogistes est très nombreux, puis en Vendée. Mon parcours professionnel a été marqué par l’ouverture des archives au grand public d’internet, un mouvement de fond.En Vendée, j’ai la chance d’accompagner l’activité d’une équipe compétente et dynamique. La mise en ligne de l’état civil remonte déjà à 2003 et elle a démultiplié le public.

Le Département a fait numériser concurremment de nombreuses autres sources : recensements de population, matricules militaires, déclarations de succession, tables de l’Enregistrement et des hypothèques. Le minutier des notaires est également numérisé peu à peu et ses principaux actes indexés, notamment les mariages, testaments et inventaires après décès. Les sources permettant de relayer l’état civil défaillant ou encore inexistant font aussi peu à peu l’objet de publications en ligne : censiers, ceuillerets et autres listes nominatives des archives seigneuriales.

En choisissant dès 2002 de mettre ses inventaires d’archives en ligne, le Département a fait pénétrer le grand public au cœur de ses archives, auxquelles on accède désormais aussi depuis les grands moteurs de recherche. Toutes peuvent donc servir au travail des généalogistes, à condition que la rédaction des inventaires soit assez descriptive et riche en noms. J’ai vu mon métier changer profondément tout en se recentrant avec pertinence sur sa vocation fondamentale : l’ouverture des archives au public.

Pouvez-vous nous présenter le bâtiment qui abrite les archives ?

La salle de lecture a atteint 49 places sous la pression d’un public insatiable qui faisait le siège du bâtiment avant la mise en ligne des principaux fonds l’intéressant. Depuis 2003, l’usage d’internet a véritablement siphonné cette salle de lecture, réduite à une grosse trentaine de places que gagnent toutefois des lecteurs plus avertis que jadis depuis qu’ils peuvent préparer leur venue en ligne.Les magasins occupent un premier bâtiment remontant à 1938, dont l’agrandissement, entre 1976 et 1980, a quadruplé le métrage linéaire, plus une annexe provisoire en banlieue, en tout environ 35 km de rayonnage. Toutefois les archives sont aussi virtuelles et sur des serveurs.

Ainsi le département de la Vendée a noué des partenariats de nature différente avec des institutions ou des associations, pour publier en ligne les archives qu’elles détiennent et qui intéressent son histoire. Les Filles de la Sagesse lui ont confié la gestion de leur dépôt à Saint-Laurent-sur-Sèvre (600 ml depuis le XVIIIe siècle), à charge d’en faire connaître le contenu en ligne. Les autres partenariats consistent à favoriser des inventaires de fonds qui sont ensuite numérisés et mis sur le site internet des Archives de la Vendée. Sont concernés le fonds historique de la ville de Fontenay-le-Comte, des fonds des Amis de l’île de Noirmoutier et du diocèse de Luçon, les fonds relatifs à la guerre de Vendée conservés par l’Armée (Vincennes) et les Archives nationales (Pierrefitte).


Entrée des Archives de la Vendée

Avez-vous quelques chiffres à nous fournir ?

« Noms de Vendée », le site d’indexation collaborative conçu et administré par des bénévoles en partenariat avec les Archives, dépasse les deux millions sept cent mille données (principalement de l’état civil). Deux autres sites d’indexation concernent des populations complètes : « Congrégations de Vendée » présente 13.000 des 20.000 Filles de la Sagesse, « Soldats de Vendée » les 131.000 matricules des classes mobilisées en 1914-1918. Ce dernier travail a été réalisé par 106 personnes recrutées en huit jours et ayant accompli la tâche en deux mois. De son côté le Dictionnaire biographique des Vendéens, un outil collaboratif en ligne sur le site internet des Archives, aligne à ce jour 16.000 notices.


Interface des “noms de Vendée”

 

D’autres chiffres intéresseront les généalogistes. Ainsi près du quart de la population a disparu durant les 18 mois de la guerre de Vendée, en 1793 et 1794, sans que l’état civil en rende compte. Par ailleurs Joachine Lafleur, de La Châtaigneraie, embarquée dans le premier navire ayant fait passer des femmes au Québec en 1663, est l’une de ces 36 « filles de roi » qui sont à l’origine de quasiment toute la population de ce pays. D’autres « Vendéennes » suivront. Enfin, en 2012, la cousinade vendéenne des Porteau-Clautour a été inscrite au Guinness Book pour avoir réuni 4514 personnes sur les 20.000 cousins identifiés alors, mais ils sont désormais 30.000 à être concernés par la prochaine édition.

Quelles sont les spécificités historiques et archivistiques de votre département ?

Les archives anciennes du département sont surtout constituées par celles de quelques justices, de seigneuries et par les minutiers de notaires, car les principaux chefs-lieux de l’administration royale étaient situés hors de l’actuelle Vendée. Les archives médiévales des abbayes, même aussi prestigieuses que Maillezais ou Saint-Michel-en-l’Herm par exemple, n’ont pas résisté aux ravages des guerres de religion. La guerre de Vendée a ensuite frappé indistinctement et de façon aléatoire bien des fonds. Ce qui subsiste demeure toutefois important et de belles archives privées ont été confiées au Département.


Généalogie établie par Guy de Raigniac (8 J)

 

Pour ce qui est de l’état civil (registres paroissiaux), le procès-verbal de la visite des paroisses faite en 1533 montre que toutes en étaient déjà pourvues. Il n’en subsiste cependant quasiment aucun de cette époque et leur tenue ne devient effectivement partout de règle qu’à partir de 1737. Aussi les Canadiens qui cherchent à identifier des ancêtres bien repérés à leur arrivée en Nouvelle France au XVIIe siècle sont-ils souvent déçus. Il faut alors utiliser des sources complémentaires, plus difficiles d’accès.
La Vendée dispose néanmoins d’extraordinaires archives d’érudits qui ont souvent tenté de reconstituer l’histoire de très nombreuses familles ou produit tant d’analyses documentaires que leur interrogation nourrit nombre de recherches. Leur mise en ligne se fait progressivement. Citons les travaux de l’abbé Delhommeau, de Jean Mayaud, des générations successives de Beauchet-Filleau, de Guy de Raigniac ou encore de l’abbé Grellier.

Quel est le fonds le plus original dont vous souhaiteriez nous parler ?

Le choix est difficile. Pourquoi ne pas signaler les archives du préfet d’Empire Merlet (1800-1809) ? C’est une figure d’honnête homme : moderne (il ne veut pas le retour de l’Ancien Régime), constitutionnel (il aura été successivement pour toutes les constitutions de 1791 à 1815, mais toujours déçu par ceux qui en ont si rapidement trahi les promesses), c’est une figure-clef de la pacification de la Vendée, un pays qu’il a compris en profondeur. Grand épistolier, il a conservé des milliers de lettres personnelles et administratives, ces dernières devenant vite personnelles quand la correspondance perdurait. Un gros quart du fonds est en ligne.


Expédition de l’arrêté de nomination de Merlet comme préfet de la Vendée (1num110)

 

Possédez-vous un fonds que vous souhaiteriez conseiller aux généalogistes ?

Un seul fonds d’archives ? Mais quelle est la réalité de ce concept depuis que les outils électroniques permettent de naviguer à travers le corpus entier d’un dépôt d’archives ? Une fois les « classiques » bien parcourus, il faut explorer les minutes notariales, les déclarations de succession et profiter de l’indexation de tous les instruments de recherche, puis consulter aussi la presse numérisée, qui est présente de plus en plus massivement en ligne et interrogeable grâce à la reconnaissance optique de caractères. Ne pas négliger les actes de catholicité du XIXe siècle. Et puis garder un œil sur Généanet !

Pouvez-vous évoquer vos projets futurs ?

Rendre nos outils collaboratifs encore plus aisés pour y attirer toujours plus de contributions. Avoir le temps de suivre de véritables enquêtes sur le « Labor@toire des internautes ». Multiplier les moyens facilitant le passage de la collection d’ancêtres à la biographie familiale.

Quelles actions de communication menez-vous auprès du grand public ?

Une actualité hebdomadaire (ou presque) portant sur les travaux menés tant par les agents des Archives que par le public. Une lettre d’information mensuelle reprend le contenu des dernières actualités. Périodiquement (tous les deux mois environ), sont proposés une visite des Archives ou des ateliers spécialisés sur l’utilisation de tel ou tel fonds d’archives ou sur tel ou tel type de recherche. Enfin les nombreux collaborateurs bénévoles des Archives sont invités périodiquement à se réunir ou à rejoindre des manifestations organisées par les Archives.

Pour finir, y a t-il un sujet que vous souhaiteriez évoquer, susceptible d’intéresser le public des généalogistes ?

La généalogie est un marché qui paraît disposer encore de grandes marges, d’où le développement de sites payants qui ont leur mérite et qui rendent service. Toutefois son expansion touchera des personnes prêtes à payer quelques informations, pas à se donner la peine d’en réunir un grand nombre et de les ordonner. Les généalogistes qui fréquentent les Archives et leurs sites internet sont, eux, de vrais chercheurs : ils s’attachent tous à un sujet de recherche qui leur est propre et auquel ils consacrent beaucoup de temps et d’énergie. Ils constituent un vivier formidable pour l’histoire, à l’heure où l’Université envoie si peu d’étudiants aux Archives.


  • Site internet des archives départementales de la Vendée : http://www.archives.vendee.fr/
    Contenu : inventaires en ligne et images liées, moteur de recherche transversal unique, guides de sources, articles historiques, commentaires de documents, paléographie,

Trois sites d’indexation nominative, l’un général, l’autre des soldats de 14-18, le dernier des religieuses :

Trois dictionnaires : toponymique, biographique et d’histoire des communes :

Enquêtes participatives :

Adresse postale : 14 Rue Haxo, 85000 La Roche-sur-Yon


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30 commentaires

Thierry Heckmann est une personne appréciée de tous les usagers qui ont la chance de bénéficier de ses conseils. Il a fait des archives de la Vendée un établissement pionnier dans la mise en ligne des documents.


Je cherche tout concernant DONDEAU VALENTIN HENRY, il était mon arrière grand père et il était officier sous Napoléon III. Où chercher. Merci


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