L’anonyme du jour : Siméon Biennier

Le 9 avr. 2018 par Frédéric Thébault
 

Voici une nouvelle personne extirpée de la foule des anonymes, prise au hasard de nos recherches dans le but de montrer de quelle façon on peut chercher des informations sur elle et reconstituer son parcours de vie. Ce mois-ci, c'est le dénommé Siméon Biennier. Temps de la recherche : 2h00.

C’est en consultant une vieille archive de presse qu’une publicité a attiré notre attention, plus précisément dans le Petit Journal du 2 décembre 1917. Cette publicité vante les mérites d’une gemme miraculeuse, la “Gemme Astel”, dont nous vous laissons lire la description ci-dessous, gemme offerte par son propriétaire, un “bijoutier-lapidaire” dénommé Siméon Biennier, domicilié à Clermont-Ferrand, rue des Gras.

Nous allons chercher à en savoir plus sur l’heureux propriétaire de cette pierre, Siméon Biennier. Nous savons qu’il est vivant en 1917, et qu’il tient son activité de bijoutier à Clermont-Ferrand, rue des Gras.

Le premier réflexe, c’est la recherche sur Geneanet. On tape Biennier pour le nom, Siméon pour le prénom, et Clermont-Ferrand pour la ville, sans ajouter de variantes orthographiques (réservées aux membres Premium), ce que nous ferons dans un second temps le cas échéant. Aucun résultat. Le second essai, avec les variantes orthographiques et une proximité de Clermont-Ferrand de 15 km (option Premium), n’en donne pas plus.

On essaye maintenant sans mettre de lieu, en nous limitant au nom et au prénom, et nous obtenons alors 49 résultats, dans les arbres ou des bases externes à Geneanet (en l’occurrence des relevés en ligne), mais qui se résument heureusement à 3 ou 4 individus dont au moins deux sont père et fils.

Notre Siméon Biennier pourrait bien être Emile Vincent Siméon, né en 1874 à Annonay, mais aucun arbre où il figure ne précise sa profession, difficile donc de valider cette hypothèse.

Parmi les résultats figure un lien vers les fiches matricules militaires accessibles via le Grand Mémorial de 14-18 de deux Siméon Biennier. L’un est cultivateur, et l’autre est… horloger, c’est Emile Vincent Siméon que l’on a déjà trouvé sur plusieurs arbres. Plus bas dans sa fiche, nous confirmons que c’est bien lui car l’adresse de ses domiciles successifs après avoir quitté l’armée figure clairement : après avoir habité Clermont-Ferrant, Tarbes, Antibes et Riom, notre homme est revenu à Clermont-Ferrand et il est domicilé au 18, rue des Gras. C’est donc bien lui !

Nous avons grâce à sa fiche matricule le nom de ses parents, que l’on trouvait déjà sur Geneanet : Siméon Biennier et Marie-Thérèse Guillaumet. Sa généalogie n’est donc plus à faire, il suffira de contacter les propriétaires des arbres, le cas échéant, pour en savoir plus.

> Arbres mentionnant Siméon Biennier (aucun ne mentionne de descendance)

Mais notre quête n’est pas terminée, nous allons essayer d’en savoir plus sur sa vie, après le service militaire.
Sa fiche matricule indique qu’il n’a pas été réformé malgré des problèmes de santé (flottement péricardique, souffle au coeur, emphysème pulmonaire), problèmes qui lui ont permis de rester à l’arrière, et d’être détaché à l’usine Michelin de Clermont Ferrand, ce qui ne l’empêchait pas de gérer la vente de sa gemme miraculeuse hors de son temps de travail.
Siméon est libéré en 1922, mais qu’est-il devenu par la suite ?

Les arbres de Geneanet, manifestement tous issus de la même source, mentionnent deux mariages, sans dates, une petite recherche sur les archives en ligne nous donnent au moins l’un d’entre eux en 1904 avec Antoinette Angèle Fleury, de qui il divorcera pour se marier avec Francine Symon.

Son acte de mariage de 1904  indique qu’il a pour métier “bijoutier” et qu’il habite rue des Gras, ce qui efface le (tout petit) doute qui pouvait subsister de par sa mention “d’horloger”. On note au passage que les tables décennales le prénomment simplement Vincent Emile, le “Siméon” ayant été oublié : n’oublions pas que les fameuses “T.D.” sont souvent sujettes à erreurs de ce type, et qu’il ne faut donc négliger aucune piste.

On va également rechercher son acte de naissance même si nous en connaissons la date, celui-ci nous donnera peut-être sa date de décès, qui ne figure pas non plus dans les arbres sur Geneanet. Et en effet, les archives de l’Ardèche, à Annonay, nous donnent bien cette date : Siméon Biennier est décédé le 7 juin 1967.

Pour terminer notre quête, nous allons quand même bien observer tous les résultats contenant Siméon Biennier dans la Bibliothèque Généalogique (réservée aux membres Premium), ne serait-ce que pour voir si nous trouvons d’autres publicités dans le même genre que la gemme Astel. Et nous faisons bien !
En effet, l’activité de Siméon Biennier a semble-t-il rencontré beaucoup de succès grâce à sa gemme miraculeuse, car on trouve des publicités pendant de longues années. Il la vendait déjà avant 1917, ainsi en 1913 grâce à des articles de personnalités scientifiques (?) comme Ducasse-Harripe ou H.C. James, professeur de sciences psychiques, en 1914 (“la vie mystérieuse”), qui vantent tous deux les mérites de notre bijoutier et de sa pierre.

On retrouve ensuite des publicités en 1933, 1936, et même en 1939 (NB : trouvé sur le site d’enchères eBay) un petit livret d’une dizaine de pages uniquement consacré à la gemme Atzel (l’orthographe a changé, on est passé de la gemme Astel à la gemme Atzel).

Malheureusement le succès de la gemme vaudra aussi à Siméon quelques ennuis : en 1935 il est épinglé par la “Revue des lectures” qui dénonce “la bêtise humaine” en parlant de ses clients, et surtout, beaucoup plus problématique, la mention de Siméon en 1941 dans une liste de francs-maçons publiée au Journal Officiel de l’Etat Français. Et on sait ce qu’il advint des francs-maçons pendant la Seconde Guerre mondiale…

La piste s’arrête là. En 1941, Siméon avait déjà 67 ans et il a sans doute, nous l’espérons pour lui, vécu une retraite tranquille jusqu’à son décès à l’âge canonique de 93 ans.

Quant à la gemme Atzel, elle a survécu à son inventeur et est toujours vendue aujourd’hui, même s’il semblerait que plusieurs s’en disputent la paternité…

Pour aller plus loin :

23 commentaires Voir les commentaires précédents

super interessant j “en redemande merci


Brigitte DELAN
07/08/2018

Comme “Loulou 63” aligner des chiffres ne présente pas grand interet surtout si on espère que nos recherches soient lues par les jeunes générations. Je suis justement en train de chercher des histoires concernant les lieux et les personnes dont je parle. Je vais profiter de vos conseils ! merci pour les idées


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