L’anonyme du jour : le docteur Salmon

Le 5 févr. 2018 par Frédéric Thébault
 

Voici une nouvelle personne extirpée de la foule des anonymes, prise au hasard de nos recherches dans le but de montrer de quelle façon on peut chercher des informations sur elle et reconstituer son parcours de vie. Ce mois-ci, c'est le docteur Salmon. Temps de la recherche : 1h30.

C’est en consultant le mini-site “Nos ancêtres dans la Grande Guerre” et tout particulièrement l’article du Petit Journal publié le 31 janvier 1918, il y a donc un siècle précisément, que nous avons lu avec émotion le récit des bombardements sur Paris. Avec ceux-ci, la liste des victimes, dont le docteur Salmon, dont la mort est relatée avec force détails. Cet inconnu, sans mention de prénom, méritait de sortir de l’anonymat que le temps qui passe inflige à tout le monde.

Un détail important nous permettait d’espérer reconstituer sa vie : à la fin de l’article, il est écrit qu’il fait partie “de la famille de Victor Noir”.

Nous disposons de plusieurs éléments : son nom, Salmon, bien sûr, mais pas son prénom. L’adresse de son domicile n’est pas mentionnée, mais on sait à peu près où son tombées les bombes et surtout, on apprend qu’il s’est beaucoup préoccupé de son quartier, Picpus, dans le XIIe arrondissement de Paris. Nous savons aussi qu’il fut conseiller municipal, et ces éléments sont déterminants pour nous permettre de lancer une recherche. La bibliothèque (accès Premium) sera plus efficace qu’une simple recherche, car elle renferme de nombreux quotidiens dans lesquels nous avons des chances de trouver des articles consacrés à ce docteur.

On saisit donc son nom et sa mention de conseiller municipal (plus probante que “docteur” ou “médecin”)

Les premiers résultats affichés présentent aussi de nombreux “Salomon”, nous allons donc décocher la case des variantes orthographiques en cliquant sur le bouton vert “Modifier”, en haut à gauche :

La première page de résultats nous offre tout de suite les précisions escomptées car on y trouve une mention des obsèques du docteur, une semaine après le drame :

L’article nous fournit son prénom, “Auguste” :

 

Munis de son identité, nous allons maintenant lancer une recherche d’ancêtres classique, en limitant la zone géographique (Paris) et la période de dates (1840-1918, il semble être d’âge mûr, déjeune avec ses filles, a encore une vie sociale active car il recevait des invités, il doit avoir dans la soixantaine / soixante-dix ans, quatre-vingts ans est encore un âge avancé au début du XXe siècle).

Malheureusement, la recherche est un échec, car il y a trop de Salmon prénommés Auguste sur Paris à cette époque, et l’ajout d’une mention de “conseiller municipal” serait trop aléatoire. Il faudrait regarder tous les résultats et ce serait bien long.

Nous allons essayer un autre système, en nous intéressant maintenant à la mention de Victor Noir. Rappelons que Victor Noir était un journaliste qui lors des premières manifestations menant à la Commune de Paris, en 1871, fut tué d’un coup de revolver par un membre de la famille royale de Napoléon III. Victor Noir est surtout devenu célèbre par sa pierre tombale, dont la tradition veut qu’elle rende fertile ceux qui ont des problèmes pour avoir des enfants, en caressant son sexe sur son gisant, au Père-Lachaise (tradition toujours d’actualité 150 ans plus tard !).

Si Auguste Salmon est de la famille de Victor Noir, nous allons déjà chercher sur Geneastar si sa généalogie n’a pas été faite… et c’est le cas !

On voit tout de suite que le lien familial est plus proche que ce que l’on imaginait : Victor Noir était un pseudonyme, le journaliste se nommait en réalité Yvan Salmon…
Nous allons sur son arbre, et nous regardons sa généalogie :

 

En nous positionnant sur le père Jacques Joseph, nous allons lancer une correspondance (Premium), dans l’espoir de trouver plusieurs arbres (c’est le cas), mentionnant des enfants, petits-enfants ou neveux susceptibles de contenir un Auguste Salmon :

Malheureusement, là encore, c’est un échec, bien que l’on trouve plusieurs arbres possédant des descendants autres que Victor.

Nous allons donc nous tourner vers la source, c’est-à-dire les archives de Paris, numérisées et disponibles sur Internet.
Nous connaissons la date de décès d’Auguste, le 30 ou 31 janvier 1918, il sera donc facile de le dénicher. On commence par le 12ème arrondissement, et on le trouve immédiatement.

L’état civil complet est “Auguste Jean Louis Salmon”, il est né le 8 août 1864 à Paris, fils de Pierre Ernest Salmon et de Léontine Thomas.

Nous pouvons maintenant lancer à nouveau une recherche. Une seule réponse mentionne la filiation (présence de deux petites flèches au-dessus du pictogramme – option Premium) : un relevé d’un partenaire de Geneanet, l’association Geneassistance (Premium) :

La filiation nous donne les parents de Pierre Ernest Salmon, Claude et Anne Ory.

Nous relançons une recherche sur le couple de parents, que nous trouvons sur l’arbre de Michel Collin. On constate que Claude Salmon est le fils de Etienne et de Marie Josèphe Messin… tous deux présents sur l’arbre de Victor Noir : ce sont ses grands-parents.

Nous avons enfin trouvé qui était ce fameux docteur Salmon tué dans les bombardements : tout simplement le cousin issu de germain de Victor Noir !

Pour compléter un peu cette recherche, nous allons fouiller le web, où nous trouvons diverses informations très intéressantes, notamment sur un site perso : Auguste Salmon avait un autre cousin, qui utilisait le même pseudonyme que son défunt frère, Louis Noir, écrivain de romans d’aventure, qui partit habiter à Bois-le-Roi, en Seine-et-Marne, après l’épisode sanglant de la Commune. Ledit Louis Noir eut pour fils Ernest Noir, également appelé Robert Noir ou encore Robert de Salmon, un peintre qui eut son heure de célébrité mais qui mit fin à ses jours en 1931, ne supportant pas sa maladie. Il est enterré dans le même tombeau que Victor Noir.

Quant au docteur Salmon, il avait une soeur, Joséphine Thérèse Marie, épouse d’un monsieur Juillot. Lui-même épousa en 1894 la demoiselle Gabrielle Demilly, qui décède malheureusement en 1908. L’article consacré à son décès mentionne malgré tout une “madame Salmon”, deux filles et un fils… qu’il reste à chercher, mais c’est une autre histoire !

24 commentaires Voir les commentaires précédents

J’ai des SALMON dans des lignes collatérales éloignées mais ne pense pas qu’il y ait une relation.


anpatr
18/02/2018

Quel travail effectué ! Merci beaucoup pour le déroulé de cette démonstration qui a fini par aboutir.


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