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Julien Doré est-il vraiment de la famille de Gustave Doré ?

Le 6 nov. 2017 par Frédéric Thébault
 

Le principal intéressé, Julien, l'ayant toujours affirmé puisque Gustave ne le peut plus, l'intérêt de retrouver le lien entre les deux célébrités s'imposait à tout généalogiste. Nous avons donc souhaité en savoir plus.

Selon le jeune chanteur, Gustave Doré était un personnage très présent dans la famille, il l’évoque ainsi dans diverses interviews (ici et par exemple). Rappelons que le célèbre graveur est connu pour ses illustrations des contes de Perrault ou des fables de La Fontaine, et de nombreux romans de son siècle ; il était aussi peintre et sculpteur.

L’étude des branches Doré ne pose guère de problèmes, hormis les habituels contemporains qu’il faut nécessairement connaître.

Le Petit Poucet (Gustave Doré)

Julien Doré

Julien est né à Alès, d’où sa famille maternelle est originaire. Sa mère Raymonde et sa grand-mère Aimée Prat sont originaires du village de Méjannes-lès-Alès, en banlieue d’Alès ou plutôt d’Alais, comme on le disait encore au début du XXe siècle. Les recherches restent encore à faire côté Gard car on le sait, c’est l’un derniers départements à ne rien proposer encore en ligne.

Côté paternel et Doré, le grand père de Julien, Robert, est né à Paris juste avant la guerre de 14-18. Il a épousé une italienne avec qui il est parti vivre dans le sud.
L’arrière-grand-père, Adolphe Michel Léon, est quant à lui né dans le Calvados, à Villers-sur-Mer, où vécurent ses parents sans doute peu de temps, car aucun des deux n’était originaire de la région. Notons que cet arrière-grand-père, s’il fut un temps garçon boucher, sera également artiste-peintre… un tempérament artistique donc, que l’on va retrouver chez d’autres ancêtres.

Pigüé

L’arrière-arrière-grand-père, Eugène Désiré, est quant à lui né en 1851 dans un village en banlieue d’Orléans, Loiret : Sandillon. Son parcours est intéressant : d’abord jardinier, il est ensuite qualifié de commerçant et d’industriel. Nous ne savons pas ce qu’il faisait exactement, mais on peut présumer que c’est cette activité qui le fit se déplacer une première fois dans le Calvados, et une seconde… en Argentine !

En 1884, 164 familles de l’Aveyron partirent fonder une colonie à Pigüé, dans la Pampa, où leurs descendants se trouvent toujours : le village de 200 habitants est aujourd’hui une ville de 20 000 habitants. Eugène Doré n’était pas Aveyronnais, mais il fit de même : on le retrouve en 1894, quand il s’y marie avec “Loïsa”, c’est-à-dire Louise, Chapron. La jeune femme vivait déjà avec le père de ses enfants quand ils étaient installés à Villiers-sur-Mer, ce mariage ne faisait que consacrer une union qui durait depuis au moins 25 ans.

On sait que Louise Chapron est morte en 1900 à Pigüe. Le fils quant à lui, avait-il repris les affaires de son père, souhaité rentrer en France, ou peut-être même avait-il grandi loin de chez ses parents, en France ? On ne le sait pas, mais une chose est sûre : il se marie à Paris en 1908 avec une artiste lyrique (tiens tiens), Berthe Waldteufel.

Emile Waldteufel (1837-1915)

Celle-ci n’est rien moins que la fille de Émile Waldteufel, célèbre compositeur et chef d’orchestre, que certains ont même qualifié de “Johann Strauss français”. Émile Waldteufel était quant à lui issu d’une famille de musiciens (le nom de Waldteufel, simple sobriquet, avait été adopté en 1808 lors de l’obligation pour tous les Juifs de choisir un nom de famille) : son père Lazare Lévy était violoniste et chef d’orchestre de la Cour du Roi, son grand-père Moïse musicien ambulant en Alsace.

Gustave Doré

S’il fallait une assurance que le talent musical de Julien Doré soit lié à ses ancêtres, les Waldteufel sont encore plus symboliques que Gustave Doré.

Et ce lien familial, alors ?

Julien Doré mentionne un arrière-arrière-grand-oncle, c’est-à-dire un frère d’Eugène Désiré. Seulement voilà : les ancêtres d’Eugène, modestes cultivateurs, semblent bien ancrés dans le Loiret, où on les retrouve à Saint-Cyr-en-Val, village voisin de Sandillon, pendant au moins trois générations supplémentaires…

Or, l’ascendance de Gustave Doré est bien connue, et elle se situe en Alsace et dans la Meuse, plus précisément à Verdun. Et si un cousinage est éventuellement possible (mais fort peu probable) en remontant loin dans le temps, il est tout simplement impossible que Gustave ait un quelconque lien de parenté, même un peu plus lointain, avec Julien : grâce aux recensements, on connaît de plus la composition des familles et aucun élément probant n’apparaît. Et puis “Doré” n’est pas un patronyme rare ou fortement localisé. La rubrique “Origine de votre nom de famille” sur Geneanet le montre bien : entre 1600 et 1700, plusieurs souches de Doré se partagent la carte de France…

Julien Doré semble pourtant convaincu de ses origines, même si l’on connaît le caractère facétieux du personnage. Mais le mystère s’explique aisément, car il est fréquent : un soupçon de filiation, une bonne dose d’imagination, et voilà une vérité qui apparaît et qui se transmet à des descendants qui, de bonne foi (et n’ayant pas de proche passionné de généalogie, les pauvres), prennent pour argent comptant de bien belles histoires malheureusement complètement farfelues.

Reste que si le chanteur a perdu un ancêtre illustre, il en a gagné un autre, de surcroît bien placé dans le même domaine artistique que lui !

ADDITIF : Au vu des commentaires postés ci-dessous (et non validés par nos soins), nous tenons à préciser que notre article n’a pas du tout été rédigé dans l’optique de faire un procès d’intention à Julien Doré qui semble de toute bonne foi quand il déclare descendre de Gustave Doré, comme nous l’expliquons à la fin de l’article. Il ne s’agit pas ici se moquer d’une croyance en des origines erronées, cela étant très répandu dans de multiples familles, mais simplement de s’intéresser à reconstituer une vérité généalogique.

57 commentaires Voir les commentaires précédents

Michel MALAVAL
22/12/2017

j’aurais a doré faire la recherche, mais j ai honte pour le gard, les batiments sont fait depuis longtemps bravo



12/12/2018

Mon arrière grand-mère paternelle Marie Martinet (1831/1890) était la sœur de l’abbé Martinet initiateur de la construction de l’église du Sacré-Cœur de Moulins (Allier) première église de France à avoir cette dédicace. C’était l’histoire familiale !…
Eh bien NON, mes recherches m’ont permis de remonter cette branche Martinet jusqu’à environ 1600 en montagne Bourbonnaise. Quant à l’abbé, son origine est la région de Souvigny à l’ouest de Moulins. À ce jour je n’ai pas trouvé en remontant le temps le moindre cousinage avec lui.
Ma seule certitude maintenant c’est qu’il n’a jamais été mon arrière grand-oncle et pourtant toute la famille y a cru jusqu’à ces dernières années et nous allions quelques fois sur sa tombe dans la dite église où il a été inhumé. Pour conclure j’ajouterais que cette vérité n’a pas été appréciée par toute la famille.


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