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Un Président de la République aux origines mystérieuses : Paul Doumer

Le 2 oct. 2017 par Frédéric Thébault
 

On imagine mal aujourd'hui ne rien savoir sur la vie privée d'un Président de la République. Qui ne connaît pas la femme du Président Macron ou le nom de son chien, qui ne connaît pas les aventures amoureuses de François Hollande, qui n'a pas découvert avec stupeur l'existence de la fille cachée de François Mitterrand... De tout temps, la presse, puis la radio et enfin la télévision et Internet se sont intéressés à l'entourage de nos plus haut dirigeants. On sait tout d'eux, et les généalogistes en particulier se sont penchés sur les origines de nos Présidents.

Les généalogies des chefs de l’Etat ont donc quasiment toutes été réalisées et vous les trouvez sur Geneastar. Mais récemment, un historien a alerté notre communauté : ses recherches sur le Président Paul Doumer se heurtaient à un écueil de taille : toutes les sources officielles donnaient au Président Doumer un père… qui n’est pas le bon. Quant à sa mère, on ne savait ni où elle était née ni qui étaient ses parents, les grands-parents du Président.

Plusieurs généalogistes se sont attachés depuis quelques temps à résoudre cette énigme, et ils ont réussi à débloquer, en partie, la branche maternelle.

Résumons donc ce que nous savons :

Paul Doumer est né le 22 mars 1857 à Aurillac (Cantal). Après une carrière débutée dans le monde ouvrier comme coursier puis ouvrier-graveur, il a gravi peu à peu les échelons, devenant professeur de mathématiques, journaliste puis rédacteur en chef (du Courrier de l’Aisne), avant de se lancer en politique et devenir député, sénateur puis ministre, il fut aussi gouverneur général de l’Indochine. Il atteint la fonction suprême en juin 1931, mais il est assassiné moins d’un an après, le 7 mai 1932 à Paris, par un Russe, Paul Gorgulov, pour des motifs éloignés de la politique.

Paul Doumer est le fils de Jean Doumer et de Victorine David. Il a toujours été admis que Jean Doumer serait né le 7 juin 1814 à Montfaucon-du-Lot (46), mais il a suffi de vérifier l’information pour voir que ce Jean Doumer n’a jamais quitté son département, qu’il s’est marié avec une autre femme que Victorine David et que le couple est mort paisiblement sans avoir eu d’enfant devenu président.
Alors d’où vient Jean Doumer ? Sur l’acte de mariage du Président, ses deux parents sont dits “absents”, et aucune information ne permet de savoir où et quand ils sont nés. Heureusement, la mère est présente quelques années plus tard lors du mariage de la soeur du Président, Thérèse… mais le père est toujours absent.
Le mystère reste également entier avec l’autre soeur, aînée, du président, Renée ou Aimée : aucune trace de sa naissance. Seule sa deuxième soeur est née, comme lui, à Aurillac, où le père travaillait aux Chemins de Fer, à une époque où l’on construisait les voies. On sait que les parents ont habité Aurillac et Cransac dans l’Aveyron, qu’ils étaient originaires du Lot (et pour sa mère on va découvrir qu’elle était en partie originaire de la région marseillaise), et qu’ils seraient “montés à la Capitale” après Aurillac. On perd très vite la trace de Jean Doumer, que son fils n’a que très peu connu et qui est présumé avoir disparu alors qu’il n’avait que 14 ans.

Paul Doumer lui-même ne savait rien sur ce père absent et il s’en est d’ailleurs inquiété dès qu’il a eu la vingtaine, comme en témoigne la réponse à un courrier retrouvé aux archives nationales dans les archives présidentielles par un membre de Geneanet, rouso, (qu’elle en soit vivement remerciée). Ce courrier mentionne la naissance de Jean Doumer, en 1821 à Camburat, dans le Lot, mais est-on certain qu’il s’agisse du bon, même si tout le laisse à penser ? En effet, ce Jean Doumer là n’a pas disparu, car il est mort alors que le Président avait 36 ans, en 1893, à quelques dizaines de mètres de là où vivait sa femme, en plein Paris : sachant que le fils pensait qu’il avait disparu et que la mère n’avait rien dit, voilà une bien étrange coïncidence !

Tout cela est d’autant plus troublant qu’il semble impossible de retrouver l’acte de mariage des parents. La découverte d’un premier mariage de la mère alors qu’elle n’avait que 15 ans et d’un enfant mort en bas-âge, complètement ignorés des biographies sur le président, ainsi qu’un changement de nom à plusieurs reprises pour celle-ci achève de semer le trouble : nous ne sommes mêmes plus certains que la mère de Jean Doumer avait bien pour parents ceux qui sont indiqués lors de son décès.

Jean-Michel Miel, l’historien qui cherche à résoudre cette énigme, ayant interrogé sans succès des descendants du Président, a sollicité l’aide des généalogistes et les premiers résultats ne se sont pas fait attendre. Mais si l’origine de la mère a pu être dénouée en partie (il reste à certifier qui était le grand-père maternel), les recherches autour du père se compliquent.

Seul un élément nouveau permettrait d’affirmer que ce Jean Doumer mort à Paris était bien le père du Président (père inconnu de ce dernier… ou découvert sur le tard mais dont l’existence fut dissimulée). Cet élément pourrait être, en premier lieu, le mariage de Jean Doumer et Victorine David. Ce pourrait être aussi la naissance de la première fille, Renée ou Aimée. Enfin, il pourrait s’agir d’un acte notarié, judiciaire ou autre, qui permettrait de comprendre et d’élucider, enfin, ce mystère vieux d’un siècle. Il restera par ailleurs à rétablir la vérité sur le père de Victorine David, la mère du Président… bref voilà une vraie et belle énigme généalogique !

Si vous êtes un habitué des archives et/ou des recherches généalogiques poussées, si vous avez la possibilité de vous déplacer aux archives du Lot, de Paris, du Cantal ou de l’Aveyron (ou ailleurs !), partout où le couple Doumer / David est susceptible d’avoir laissé une trace, alors rejoignez l’équipe des chercheurs via le forum de discussion dédié à cette quête :

(merci de bien lire tout ce qui a été dit au préalable dans le forum pour ne pas “noyer” les commentaires : n’intervenez que si vous avez des conseils ou idées susceptibles de faire avancer les recherches, qui n’ont pas été évoqués)

22 commentaires Voir les commentaires précédents

Esther MILLION
16/11/2018

Ce même fils a été placé par Paul Doumer, avant de partir en Indo-Chine pour son nouveau poste, chez la famille Remy, professeur ou instiituteur, au Val-D’ajol dans les Vosges. Après la guerre, victime des gaz, il a choisi de retourner vivre ds ses Vosges et a souhaité être inhumé dans le caveau familial des Remy au Val-D’ajol !!….. Le père Paul Doumer n’aurait été prévenu que trop tard pour pouvoir assister aux funérailles de son fils…


Une tombe, située dans l’ancien cimetière ajolais a fait l’objet d’un soin tout particulier par les bénévoles de l’amicale des médaillés militaires et anciens d’Afrique du Nord. Ils viennent d’effectuer un nettoyage complet de la sépulture d’Armand Doumer, un fils du 14e président de la République, docteur en médecine, aide-major, mort des suites d’intoxication par les gaz de combat pendant la Première Guerre mondiale.

La sépulture bien astiquée, il reste à ces bénévoles à effectuer un apport en gravillons tout autour, puis redorer les lettres sur la tombe, la dorure ayant totalement disparu : Docteur Armand Doumer, médecin aide-major, 1890-1923 ; Paul Remy, juge de paix honoraire, 1851-1929 et Pauline Remy Luscion 1855 -1939.

Armand Doumer né le 11 août 1890 à Asnières, était le 6e d’une fratrie de huit. Son père qui fut ensuite le 14e président de la République française, était alors député de Corse. Docteur en médecine, Armand fut mobilisé en 1914 en tant que médecin dans un hôpital militaire à proximité du front où il a été gazé. Sa santé en a subi d’irréparables conséquences.

Il est alors venu se reposer dans une famille d’accueil au Val-d’Ajol, la famille Remy. Son père ayant été nommé en 1879 pour deux ans en tant qu’enseignant au collège de Remiremont, la famille Doumer avait sans doute gardé des attaches avec la famille Remy du Val-d’Ajol qui aurait accueilli alors Armand, rue de la Gare.

Morts pour la France

Il y décédera le 4 août 1923, à quelques jours de ses 33 ans. Mort pour la France, il a été enterré au cimetière communal où l’ont rejoint ensuite les membres de sa famille d’accueil.

Il est présent sur le monument aux morts du Val-d’Ajol et sur une plaque du mémorial de la ferme de Navarin, monument ossuaire du front de Champagne, abritant plus de 10 000 combattants, avec trois autres de ses frères décédés dans ce même conflit.


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