L’anonyme du jour : François Auguste Placé

Le 9 oct. 2017 par Frédéric Thébault
 

Avec cette nouvelle rubrique, nous essayons régulièrement de faire revivre un anonyme trouvé au hasard dans la presse ou tout document d'époque. Nous utilisons les moyens dont nous disposons : Geneanet bien entendu, mais aussi les divers sites d'archives que l'on peut consulter sur Internet.

C’est dans un court article de L’Ouest Eclair, édition de Rennes, du 16 avril 1908, que nous avons repéré ce fait divers.

Le sieur Placé n’est manifestement pas quelqu’un de commode. Nous avons cherché à en savoir plus sur lui.

Première étape, on lance une recherche simple sur Geneanet via le menu “Rechercher > Rechercher mes ancêtres”. On saisit les nom, prénoms et leurs variantes orthographiques (option Premium), ainsi que la commune, Laval, avec recherche géographique sur les 15 km environnants (option Premium) pour plus de sûreté. Nous avons également coché l’option “Tous les prénoms” (option Premium).

Trois résultats apparaissent. Les deux premiers sont la même personne sur deux arbres différents, le troisième n’est manifestement pas le bon car son sait que François Auguste Placé est âgé de 34 ans lors de sa condamnation, en 1908 (il est donc né vers 1874). Nous ne savons pas s’il s’agit de la bonne personne ou d’un homonyme, même si l’on se doute qu’on a découvert notre homme.

L’arbre de Françoise Sonneck nous donne un élément précieux, qui tend à confirmer qu’il ne s’agit pas d’un homonyme : si le couple s’est marié à Laval et si François Auguste Placé est dit né à La Baconnière, leurs trois enfants (dont le curieux prénom “Stylite”) sont nés à Port-Brillet, là où a eu lieu l’altercation avec la voisine. Et surtout, la propriétaire de cet arbre à indiqué en notes “Domicile à Briouray. Avait d’abord été cultivateur. Condamné le 7 juin 1900 par le tribunal correctionnel de Laval à 6 jours de prison et 5 francs d’amende pour “coups à sa femme, coups et outrages à un garde-champêtre et ivresse manifeste”. Difficile de croire qu’il y ait pu y avoir un homonyme du même âge dans la même région ayant été condamné à plusieurs reprises pour violences…

Nous allons maintenant chercher à en savoir un peu plus sur lui. Commençons par le commencement : chercher son acte de naissance dans les registres de La Baconnière, à la date indiquée. Il s’y trouve bien page 268/444, avec une mention marginale qui nous informe qu’il s’est marié deux fois, la première fois avec Julie Augustine BAUDOUIN en 1898, la seconde avec Victorine Françoise ORRIERE, en 1913.

Aucune mention de décès n’est portée sur l’acte, nous en sommes réduits à nous dire qu’il est décédé après 1913. Et 1913… c’est juste avant la guerre de 14-18. Et si nous allions voir ce qui est inscrit dans son registre matricule ? Toujours sur le site des archives de la Mayenne, nous dénichons rapidement sa feuille matricule, l’index des soldats ayant été réalisé.

Vu son âge, François Auguste a fait son service militaire en 1893. Sa feuille matricule est très instructive : nous avons son signalement, qui permet de l’imaginer un peu. Il a bénéficié d’un certificat de bonne conduite pendant ses 3 ans sous les drapeaux, ce qui indique qu’il a su maîtriser ses pulsions violentes… un certain temps, car on retrouve la condamnation de 1900 portée sur la fiche de l’arbre. On y apprend aussi qu’il a été réformé la même année pour varices, et que ce problème médical lui a valu, en 1914, d’être affecté dans les services auxiliaires, c’est-à-dire à l’arrière, loin des combats. Son âge y est sans doute aussi pour quelque chose car il a alors 41 ans.

La dernière mention importante, c’est celle de son décès, à Port-Brillet où il vit, le 9 juillet 1915. Est-ce de maladie, d’accident, de problèmes de santé ? Nous ne le saurons jamais.

Cette courte étude ne saurait être complète sans nous assurer, têtus que nous sommes, que ce François Auguste Placé est bien celui du fait divers publié en 1908 : pour le vérifier, nous possédons un élément important : le nom de sa voisine; la “dame Conilleau”.
Exploitons-donc les recensements, puisqu’ils ont été numérisés !

Nous allons d’abord choisir l’année la plus proche du fait divers, 1906. On trouve bien à la page 42/47 les familles Placé et Conilleau : ils sont bien voisins, et ils vivent au lieu-dit Brioury. Amélie Conilleau, née Orie, était âgée de 38 ans, soit 4 de plus que son agresseur, lors des faits. Et l’on se demande bien ce qui a valu à cette malheureuse d’être rossée par son voisin.

Nous découvrons alors que les deux chefs de famille travaillent chez le même employeur, “Chappée et fils” : Julien Conilleau y est maçon, François Auguste Placé mouleur. En parcourant les images du recensement, nous avons d’ailleurs remarqué que quasiment tout le village travaille au même endroit ! Une simple recherche sur Google nous donne  l’explication grâce à de nombreux résultats. Notamment un article de presse de Ouest-France, intitulé “la fonderie de Port-Brillet traverse les siècles”, et même une vidéo trouvée sur le site de l’INA, via un reportage de 1982 :

Pour être complets, un dernier regard au recensement suivant, celui de 1911, nous donne encore de nouveaux éléments.. et nous avons bien fait de ne pas le négliger : les deux familles ont déménagé… ensemble ! Elles ne sont plus à La Brioury, mais à la Haloperie, un autre groupe de maisons qui ne semble plus exister sous cette adresse. Les familles ont-elles enterré la hache de guerre, n’ont-ils pas eu le choix, ou est-ce tout simplement le hasard (ce qui semble peu probable) ?

Le mari d’Amélie Conilleau travaille toujours chez Chappée, mais François Auguste Placé est désormais employé par “La Lucette” à Le Genest-Saint-Isle, commune proche, comme mineur. Là encore, nous avons de la chance, car nous découvrons vite que les mines de “La Lucette” sont bien référencées sur Google, un documentaire a même été réalisé sur celles-ci (article de Ouest-France).

On apprend aussi que le couple a donné naissance à un enfant supplémentaire, Marie, née en 1908, et qu’il héberge un pensionnaire, Pierre Lemoine, 20 ans, mouleur chez Chappée. Julie Baudouin est toujours là, on ne sait d’ailleurs pas ce qu’il s’est passé entre 1911 et 1913, date du remariage de François Auguste : Julie est-elle décédée ou le couple a t-il divorcé, ce qui serait possible étant donné le caractère du mari ? Les archives en ligne manquent, il faudrait se rendre en mairie ou aux AD pour consulter la suite des actes.

14 commentaires Voir les commentaires précédents

Nouvelle rubrique intéressante pour la méthodologie. Je vous propose l’article: “un déraillement sur l’est”. Le Journal (Paris 1892) du 9-12-1911 N°7013 page 2 centre page. Qui est cette madame Pierre Leinen habitant Creil.


Il faudrait en effet être bien naïf pour croire que nos ancêtres étaient des anges! L’actualité nous prouve le contraire. Mais nous savons aussi nous qu’il n’y a pas de gène de la criminalité! Voilà qui est réconfortant


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