Les artistes de l’Ecole de Nice sont-ils tous Niçois ? (1ère partie)

Le 11 sept. 2017 par Frédéric (Geneanet)
 

"Ils étaient trois, Arman, Klein et Raysse. Ils sont maintenant des centaines, comme l’avait prédit Martial Raysse. Ils, ce sont les artistes de l’Ecole de Nice. Encensés, décriés, adulés, on a écrit tout et son contraire sur l’école niçoise. Différents moyens d’expressions, différents courants, mais une position commune : le rejet foncier des académismes." Cette citation du site "artcotedazur.fr" résume à merveille ce que fut l'école de Nice. Une bonne occasion de nous pencher sur la généalogie de quelques-uns de ses membres notoires.

Hormis les fondateurs de ce mouvement artistique très régional, mais dont les retombées seront mondiales, nous nous sommes penchés sur la généalogie de quelques autres peintres ou plasticiens connus ou moins connus. Vous trouverez sur Geneastar, aux côtés des pionniers* Armand FERNANDEZ alias ARMAN et Yves KLEIN, leurs compères Claude GILLI, Pierre PINONCELLI, Robert MALAVAL et Benjamin VAUTIER, plus connu sous le nom de BEN. Tous ont vécu à Nice ou dans ses alentours, mais tous n’y ont pas forcément leurs racines.

ARMAN (1928 – 2005) :

Saint-Bonnet-des-Quarts, Loire

Sculpteur mondialement connu, Arman est le fils d’un pied-noir marchand d’antiquités d’origine espagnole, Antonio FERNANDEZ, et d’une jeune fille originaire de la Loire, Marie Marguerite JACQUET. Le couple s’est rencontré à Nice : lui était né à Sidi-Bel Abbès, elle à Saint-Martin-d’Estréaux. Côté paternel, les grands-parents Francisco FERNANDEZ et Antoinette SELLER étaient eux aussi nés à Sidi-Bel-Abbès. Tous deux étaient fils d’Espagnols immigrés en Algérie au milieu du XIXe siècle : les FERNANDEZ et PAPIS originaires d’Almeria, près d’Alicante, où on les trouve à la fin du XVIIIe siècle. Les MARTINEZ quant à eux étaient venus d’un village de 3000 habitants de la région d’Albacete, Montealegre Del Castillo, à la fin du XVIIIe siècle, pour s’installer à Aspe, à une centaine de kilomètres au sud-est, dans la province d’Alicante. C’était alors une petite ville (8000 habitants en 1900), dont la population a triplé aujourd’hui. C’est à Aspe que vivaient depuis le XVIIIe siècle les ESTEVE et PERES. Quant aux SELLER et aux BELLO, arrières-grands-parents d’Arman, on ne sait pas grand chose sur eux, sinon une origine à Novelda, ville voisine d’Aspe. La migration en Algérie de Francisco FERNANDEZ et Antonieta SELLER, grands-parents d’Arman, n’est pas un cas isolé : 70% de la main d’oeuvre agricole de l’époque, en Oranie, est composée d’Espagnols, alors que les français essayent d’obtenir des places dans la fonction administrative, laissant le travail fatiguant aux autres…
Côté maternel, Marie Marguerite JACQUET est la première à avoir quitté la région de ses ancêtres : tous sont originaires du Roannais, dans le triangle Ambierle / Saint-Bonnet-des-Quarts / La Pacaudière, villages de 2000 habitants situés dans les Monts de la Madeleine à environ 1000 mètres d’altitude, non loin de la frontière avec l’Allier. On trouve quelques tisserands et quelques propriétaires, un meunier, un marchand, un vigneron, et les habituels laboureurs parmi les JACQUET, LUMINET, DAVIS, BLANCHARDON, CHARRONDIERE, ALLIER, GUERIN, RABOT…

BEN (1935) :

Jean-Baptiste GIRAUD

Peut-être le plus célèbre, en tout cas auprès du grand public, de la liste ci-dessus, Ben possède une généalogie surprenante et assez fascinante. De son nom de baptême Benjamin VAUTIER, Ben est en effet un citoyen non seulement européen, mais même mondial. Qu’on en juge : Ben est né à Naples, son grand-père paternel Paul VAUTIER était né à Düsseldorf mais de nationalité suisse, sa grand-mère Gladys MOSS, d’origine anglaise était née à Yokohama au Japon, et ses grands-parents maternels, Frédéric GIRAUD, issu d’une famille française et Ann PURSER, descendante d’Irlandais de Dublin, étaient quant à eux originaires de Turquie !
En remontant un peu le temps, on s’aperçoit que la présence en Turquie est très marquée : elle est dûe à l’installation dans le pays de nombreux marchands issus d’Angleterre, de Hollande, de France, de Grèce et de Suisse. Evidemment, on s’éloigne très vite de la paysannerie pour des consuls, avocats ou secrétaires d’ambassade, un kammerling du prince Maurice d’Orange, un militaire au service de la République de Venise, un avocat à la cour et au Parlement de Paris, etc. Et la Côte d’Azur, dans tout ça ? Eh bien si Ben y avait des affinités, ce n’est pas pour rien : il est aussi issu, par une petite branche, de familles d’Antibes et des villages du Bar-sur-Loup et de Vallauris, dans les collines qui mènent vers l’arrière-pays. Cela grâce à Jean-Baptiste GIRAUD, négociant et armateur (1742-1811), devenu vice-consul de l’Empereur d’Autriche à Smyrne, en Turquie, dont toute la descendance continua à venir se ressources sur les terres ancestrales azuréennes.

Claude GILLI (1938 – 2015):

Nice en 1952

Moins connu que les autres, son oeuvre toute en couleurs est la plus « Pop-Art » des artistes de l’École de Nice. Les habitués des recherches dans les Alpes-Maritimes auront vite compris au vu de son nom qu’il est forcément d’origine niçoise : des Gilli, on en rencontre souvent ! Mais si en effet il possède de solides racines à Nice, il a comme tous ceux qui ont des ancêtres du côté Sarde (le département des Alpes-Maritimes fut créé en 1860 lors de la dislocation de la Savoie, la France s’arrêtait aux frontières du fleuve du Var avant cette époque), de nombreuses racines italiennes. Ainsi, sa lignée paternelle directe nous mène dans le Piémont, du côté de Pignerol (Pinerolo), grand carrefour commercial et célèbre pour sa forteresse, une grande ville qui changea souvent de main, prise et reprise par la Savoie puis par la France avant de devenir définitivement italienne. Côté maternel, on s’éloigne vers la région de Cuneo en Italie avec les RICHELMI, MIRAGLIO, MOLINENGO et à Imperia avec les ODDO. Côté français, on reste dans l’ancienne Savoie, sur Nice avec les TOBIA, les BOVIS et surtout les MUSSO, branche qui nous mène jusqu’à la fin du XVIe siècle sans changement géographique, dans la ville de Nice. Signalons quelques branches qui s’éloignent de la ville pour les villages de l’arrière-pays : les ALBIN, THAON et PUONS à Castillon, Sospel, La Tour, Lantosque…

 

 

Dans une prochaine note de blog, nous nous pencherons sur les origines de Yves Klein, Robert Malaval et Pierre Pinoncelli.

> en savoir plus sur l’Ecole de Nice


*  nous n’avons pu établir qu’une généalogie très partielle de Martial Raysse, que nous ne pouvons décemment évoquer ici

5 commentaires Voir les commentaires précédents

Claude JOURNET
13/09/2017

Vous en oubliez et pas des moindre ….. ! Bien sûr Viala mais aussi un pur niçois Patrick Saytour – qui ouvre l’actuelle expo au Mamac à NICE; une autre en ce moment en un lieu “109” – Sang neuf, joli jeu de mots ! et puis une expo à Paris, une autre à Nimes, et …. New York : tout celà avant la fin de l’année ! Régalez vous
Signé une niçoise “émigrée” dans l’Hérault


Gérard SALMON
16/09/2017

Vous oubliez Raymond Moretti


Vous devez être connecté pour déposer un commentaire. Connexion / Inscription