Quel avenir pour la généalogie ? (4e partie)

Le 3 août 2015 par Frédéric Thébault
 

Quatrième et dernière partie de nos réflexions sur l'avenir de la généalogie : quels nouveaux services nos descendants utiliseront-ils pour faire leurs recherches généalogiques ? Voilà probablement la partie la plus difficile à imaginer : comment imaginer ce qui n'existe pas encore ou qui n'est pas encore utilisé pour la généalogie ? En dépit de ces obstacles majeurs, nous allons nous essayer à ce petit exercice car s'il est bien une chose sur laquelle on peut parier, ce sont les besoins du généalogiste, qui en réclame toujours plus.

 

6/ les nouveaux outils

Dans les précédentes notes, nous avons pu prévoir que les principaux obstacles de la généalogie actuelle (retrouver les dates et lieux de naissance, mariage et décès de nos ancêtres) ne seront plus, à l’avenir, qu’une simple formalité. En effet, s’il suffit de taper un nom de famille sur une base de données, on peut aisément imaginer obtenir d’un clic tous les porteurs du nom, et ainsi remonter très vite et très facilement les générations.

facebookLe généalogiste pourra alors se tourner vers ce qui fait réellement le sel d’une recherche généalogique : ajouter de la chair au squelette en reconstituant la vie des personnes sur lesquelles il travaille… et plus encore.
Les besoins seront alors nombreux :
– retrouver les endroits où ils ont vécu et s’ils n’existent plus, les reconstituer
– découvrir leur apparence, entendre leur voix, les voir vivre
– ressentir leurs émotions, leurs sensations
– découvrir leur caractère
– découvrir ce que les autres pensaient d’eux

a) réseaux sociaux et bases de données institutionnelles

Un généalogiste cherche aujourd’hui dans l’état civil et les registres paroissiaux, dans les recensements, les fiches matricules militaires, les archives notariales. Le point commun entre tous ces documents ? Ils sont manuscrits (ou dactylographiés pour les plus récents), et tous sur papier.

Mais demain ? Aujourd’hui, tout est informatisé, et peut-être que cette informatisation entraînera bientôt une totale dématérialisation, à savoir que plus rien ne sera imprimé et que toutes les informations dormiront sur des serveurs informatiques, des clouds, ou d’autres nouvelles technologies permettant la sauvegarde totale et sans danger puisqu’elle ne seront plus stockées sur des disques physiques trop fragiles (le cloud notamment, semble être une solution pérenne pour les données informatiques : voir cet intéressant article à ce sujet). Bien évidemment, ce sont les photos numériques et les films vidéo personnels qui seront, les premiers, déposés sur ces clouds ou autres espaces virtuels.

La signature humaine, dernier élément représentatif d’un individu, pourrait très bien être remplacée par un scan oculaire, la validation d’une puce implantée dans l’épaule, etc. La science-fiction est riche de ce genre d’idées… qui ne sont plus aujourd’hui si absurdes que l’on pourrait le croire, et dans ce cas plus aucun document officiel ne contiendrait de trace manuscrite d’un individu. Il faudra donc s’en passer, mais d’autres sources seront disponibles.

Car cette informatisation à outrance donnera peut-être aussi accès à des sources inédites : les impôts, l’électricité, la sécurité sociale, la géolocalisation de nos smartphones ou cartes de transport, partout où nous pouvons aujourd’hui laisser une trace numérique… et bien évidemment, toutes les traces que nous laissons aujourd’hui sur Internet : notre compte Facebook, Twitter, Pinterest, Myspace, notre blog, nos commentaires sur de multiples sites… Il en est de même pour les Street View et Google Maps/Google Earth qui numérisent la planète depuis des années : on peut déjà naviguer dans les archives des vues 3D prises et remonter le temps sur quelques années : impressionnant quand on se promène à la Nouvelle-Orléans après les inondations ou dans les régions du Japon dévastées par le tsunami en 2011… sans oublier votre propre maison il y a 1 an, 3 ans ou 6 ans.

Toutes ces données ne sont pas effacées, et nous sommes à l’aube d’une prise de réflexion des grands acteurs du web pour décider de ce qu’il doit en advenir, notamment au niveau des données personnelles. Chez Geneanet, nous n’effaçons ainsi aucune donnée et laissons le choix à la personne, de son vivant, de laisser son “testament généalogique“. Facebook a également mis en place une option qui permet de signaler (avec la preuve) qu’une personne est décédée, et sa page devient alors une page-hommage qui ne sera pas effacée et reste-là, telle qu’elle était au moment du décès de la personne (à lire, cette intéressante réflexion sur la notion de souvenir vu par Facebook).

b) outils de reconstitution et mondes virtuels

La reconstitution de Paris au XVIIIe siècle du jeu vidéo Assassin’s Creed,  comparé au Paris d’aujourd’hui (vidéo en anglais)

En dehors des réseaux sociaux et des nombreuses archives télévisuelles, radiophoniques, des films personnels, on peut également imaginer que des services de numérisation instantanée ultra-rapide existeront, que l’on pourra chercher des informations dans une bibliothèque généalogique gigantesque (cela a déjà été inventé par Geneanet avec la Bibliothèque généalogique, les archives de demain ne sont que les livres, journaux, et bien sûr émission télé et films numériques d’aujourd’hui).

Et si les informations manquent et qu’on ne dispose que de quelques photos, il sera toujours possible de compléter les informations manquantes. On pourra par exemple dater l’âge d’une personne à partir de sa photo (voir le site how-old.net qui le fait déjà), utiliser les technologies de morphing, de reconnaissance faciale pour comparer des visages, sans oublier le vieillissement automatique (voir par exemple www.oldmyface.com).

Les technologies de 3D permettront sans doute de recréer des ancêtres plus lointains comme s’ils étaient devant nous, et on pourrait aussi les habiller selon la mode de leur époque (voir les nombreux logiciels destinés aux petites filles qui permettent d’habiller et maquiller un mannequin virtuel), leur donner un visage issu du morphing de plusieurs descendants. De là à les faire évoluer dans un environnement reconstitué, voire à les faire parler, il n’y a qu’un pas.

Le jeu des Sims, très connu, permet de faire vivre des personnages en 3D créés de toutes pièces et un autre jeu non moins célèbre, Assassin’s Creed Unity, se déroule dans le Paris du XVIIIe siècle reconstitué sur les conseils d’historiens. Les mondes virtuels comme Second Life, le plus connu, permettent à des joueurs de s’identifier à un personnage et à évoluer dans des mondes gigantesques.

Ainsi, pourquoi ne pas imaginer un voyage dans le temps virtuel, dans lequel on pourrait rencontrer ses ancêtres, animés par de puissants robots à partir des informations historiques contenues dans leur mémoire, mélangées aux informations généalogiques fournies par vos soins ?
Par exemple, en 2113 vous apprenez que l’un de vos ancêtres habitait Paris en mai 1968. Vous êtes très mauvais en histoire, cela vous dit quelque chose mais vous ne savez plus de quoi il s’agit : une connexion sur un site en 2D ou 3D (vivrons-nous environnés d’hologrammes ?), une immersion dans un monde virtuel et vous pourrez voir votre ancêtre avec sa vraie tête, greffée sur un corps virtuel d’après la photo que vous transmise, habillé à la mode des années 60, dans une ville reconstituée, vivre en direct les événements qu’il a vécus, et selon son statut d’étudiant, de simple passant ou de CRS, on le verrait réfléchir, agir comme l’ont fait ceux qui ont vécu cette période, sans avoir besoin de passer des heures à éplucher des journaux ou des documentaires…

c) coût d’accès

Lorsqu’un produit est nouveau, il est en général cher, mais plus il devient commun, plus il se répand, plus il devient accessible. Il existera probablement des services payants et d’autres gratuits, comme aujourd’hui, mais on peut imaginer que l’Internet se développera encore, qu’il foisonnera de nouvelles bases de données, de nouveaux services, et qu’il sera de plus en plus accessible (l’inverse signifiant un recul sociétal assez inquiétant !).
En ce qui concerne le coût de stockage de nos données personnelles, celui-ci deviendra probablement de plus en plus abordable, il l’est d’ailleurs déjà aujourd’hui : sur un site comme OVH, on peut stocker sur le cloud “Hubic” jusqu’à 10 To (1 terra-octets = 1000 Go – giga-octets = 1 000 000 Mo – méga-octets) pour seulement 50€ par an.

Et même si l’on sait bien que rien n’est éternel, nous aurions tort de penser que les données numériques d’aujourd’hui ne sont ni fiables ni pérennes : tout est fait pour pallier leur fragilité et les sauvegarder de façon sûre : dans 100 ou 200 ans, nous aurons sans doute autant de chances de trouver le film de vacances ou le blog d’un ancêtre vivant à notre époque que nous en avons aujourd’hui de trouver une coupure de presse le mentionnant.

7/ Une conclusion ?

La généalogie a de beaux jours devant elle, même si on peut imaginer qu’elle se transformera du tout au tout. Car il est un principe immuable : tout le monde continuera à avoir des multitudes d’ancêtres, et tant que l’on se posera cette éternelle question “d’où viens-je”, alors les recherches généalogiques se poursuivront, il est difficile de l’imaginer autrement. Faisons confiance à nos descendants pour imaginer toujours plus de moyens de retrouver leurs ancêtres, qu’il s’agisse de nous-mêmes ou de ceux sur lesquels nous faisons des recherches.

 


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11/06/2016

Il ne manquera que l’odeur du papier ,l’ambiance studieuse des salles d’archives, l’écriture à laplume’’
Plus ou moins lisible d’un curé plus ou moins locace, les petits détails de la vie quotidienne ,bref une
Photographie numérique sans jamais voir l’original. ..
Et puis si l’on a de suite la solution cela ne gâche t’il pas une grande partie du plaisir?


Très intéressant d ‘ imaginer le futur très complexe des familles .
Je suis inscrit sur geneanet . Je ne publie pas mon arbre , je travaille avec mes proches qui , eux , publient . Il y a beaucoup trop d ‘ arbres très courts et parfois erronés . Suis-je un profiteur ? Oui pour certains .


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