Quel avenir pour la généalogie ? (3e partie)

Le 13 juil. 2015 par Frédéric Thébault
 

En partant des idées évoquées dans une courte nouvelle de science-fiction publiée en 2013, nous nous sommes demandés, plus sérieusement, à quoi pourraient ressembler les recherches généalogiques de nos descendants. La première partie de cette réflexion évoquait les outils d'aide à la compréhension du passé, la seconde le brassage des populations et la collecte de l'information. Nous allons nous interroger maintenant sur l'évolution des pratiques généalogiques, dûes aux changements de la société elle-même.

4/ La structure familiale et la transmission du nom

Les moeurs évoluent, et tout le monde sait bien que l’on ne se marie plus aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’au XVIIIe siècle, et que les familles de 2015 sont nettement différentes de celles du siècle des lumières.

  • divorce et familles monoparentales

Même en comparant avec une période proche de nous comme les années 60, on constate que le noyau familial a changé, et que la règle deux parents avec deux ou trois enfants sous le même toit n’est plus si répandue. L’avortement, la généralisation du divorce, des séparations ou de la vie maritale ont profondément modifié la famille. Et la tendance n’est pas prête de s’inverser : cette statistique de l’INSEE par exemple, sur les chiffres du célibat et des personnes mariées est très parlante, et l’on constate que l’évolution depuis 2006 est constante. Qu’en sera t-il demain ? Vivrons-nous dans un monde de célibataires, tous les enfants naissant de parents en union libre ? Cela aura t-il une influence sur les recherches généalogiques ?

mariage homosexuel

  • cas des unions homosexuelles :

C’est l’une des dernières avancées légales, l’autorisation du mariage homosexuel transformera sans doute la façon d’appréhender les recherches. Il faudra retrouver le document qui indique le nom de la mère porteuse ou du père donneur.

Si l’union en soit n’est pas un problème car on aura toujours un acte de mariage qui permettra d’avoir les parents des deux conjoints, c’est bien sûr le problème des enfants et la façon de reconstituer leur filiation qui va transformer les recherches : un couple homosexuel ne pouvant pas avoir d’enfants, il devra recourir à l’adoption ou à la gestation pour autrui.
Ce dernier phénomène notamment reste aujourd’hui anecdotique, mais il pourrait, qui sait, se répandre, et pas forcément dans l’unique cas de relations homosexuelles… Assistera t-on ainsi, si ces pratiques se généralisent, à la naissance d’arbres généalogiques comportant trois parents, deux pères et une mère ou deux mères et un père ?

  • cas du changement de nom :

Cette transformation de la loi, récente également, permet désormais aux parents de donner à leur enfant soit le nom du père, soit celui de la mère, soit les deux accolés (voir le texte légal ici)… une nouveauté qui engendrera pour les chercheurs futurs des difficultés que l’on a encore du mal à percevoir.

En effet ,il faudra pouvoir vérifier la logique de transmission du nom du père et de la mère à l’enfant. Par exemple, imaginons que monsieur Durand-Dupont, ayant deux noms accolés, fils de monsieur Durand et de madame Dupont, épouse madame Lefèvre-Legrand, fille de monsieur Lefèvre et de madame Legrand. S’ils choisissent de nommer leur enfant Dupont-Legrand, la filiation ne sautera pas aux yeux… La complexité de cette apposition de noms de famille avait même entraîné au début de la création de la loi la présence d’un double-tiret, abrogée depuis… voici un texte savoureux à lire ici et le texte de l’abrogation à lire là.

  • ce que l’on n’imagine pas encore :

On le sait, des expériences sont en cours sur les animaux, qui ont réussi, et la secte raelienne ne s’en cache pas, elle travaille dans ce sens : pourrait aussi imaginer que dans le futur, des choses impensables aujourd’hui deviennent la réalité, comme le clonage humain ? Evidemment les implications sociales, et humaines auraient beaucoup plus d’impact sur notre monde que la simple modification des recherches généalogiques…

 

5/ la question du plaisir de la découverte

C’est une remarque récurrente dans vos commentaires : si l’on n’a plus à chercher dans les registres, alors le plaisir de la recherche, et de la découverte, disparaîtra de lui-même, avec la passion pour la généalogie…
Pas de panique ! Certes, le plaisir de la recherche telle que nous la connaissons, disparaîtra par la force des choses s’il n’y a plus de registres à feuilleter page par page, registres avec une jolie ou émouvante écriture manuscrite. La joie de trouver un nom dans une base de données informatique grâce à l’instantanéité de l’information depuis son ordinateur étant nettement moins forte.

victoireMais, débarrassé de la recherche de dates et de lieux, ou du temps passé à feuilleter des registres et à déchiffrer des écritures, le généalogiste aura aussi plus de temps pour se concentrer sur la reconstitution de la vie des individus : il se transformera de plus en plus en historien du quotidien, en “micro-historien”, grâce aux photos et textes laissés par nos contemporains et nos enfants, stockés sur le web ou dans les systèmes de cloud que nous évoquerons dans une note ultérieure.

Les jeunes générations d’aujourd’hui étant par ailleurs grandes consommatrices d’Internet, auront laissé de nombreuses traces dans lesquelles on pourra chercher, ainsi que dans les milliers de sites d’information locale, de presse numérisée, de vidéos en tout genre. Une aubaine incroyable pour un généalogiste, imaginez vos descendants découvrir votre dernier film de vacances alors que vous aurez quitté ce monde depuis un siècle…

Les recherches de nos descendants dans le passé aboutiront très vite également… grâce à (ou à cause de) nous ! Car nous autres généalogistes, publions sur Geneanet ou ailleurs le fruit de notre travail, et, dans la mesure où notre monde évolue sans guerre destructrice totale, les sites de généalogie en premier lieu feront tout pour conserver leurs données. Il n’est déjà plus rare qu’un débutant reconstitue son arbre en quelques semaines grâce aux généalogies en ligne, alors qu’il fallait plusieurs années il y a encore quinze ans…

Nous serons ainsi considérés comme des pionniers ayant offert au reste du monde le fruit de nos recherches, et plus grand monde n’aura besoin d’aller chercher dans les registres anciens numérisés…

 

Notre dernière note sera consacrée aux nouveaux services qui n’existent pas encore aujourd’hui…


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17/09/2016

J’ai le cas dans la naissance des enfants de mes petites -filles : les unes portent les deux noms acolés de leurs deux parents non mariés -l’une porte le nom du père en premier et les autres ( deux jumelles) portent le nom de leur mère en premier !



07/04/2019

Depuis des siècles, les espagnols ont résolu le problème en permettant d’associer le nom patronymique et le nom marital pour les femmes (Simon DE Reyes) et le nom du père et de la mère pour les enfants (Reyes Y Simon) mais ceci selon une règle stricte permettant de “remonter” la généalogie et non pas en laissant le choix aux parents. Mais il est vrai qu’en Espagne, il s’agit de respecter les ancêtres alors qu’en France, il s’agissait de faire plaisir aux bobos et de détruire l’idée de lignée parentale.


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