Quel avenir pour la généalogie ? (2e partie)

Le 1 juin 2015 par Frédéric Thébault
 

En partant des idées évoquées dans une courte nouvelle de science-fiction publiée en 2013, nous nous sommes demandés, plus sérieusement, à quoi pourraient ressembler les recherches généalogiques de nos descendants. La première partie de cette réflexion évoquait les outils d'aide à la compréhension du passé.

Le héros de notre nouvelle de science-fiction prend un vol Paris-Boston qui dure trois quart d’heure. Lui-même évoque ses ancêtres, originaires de France, du Japon, du Maghreb, mais aussi d’Islande via un ancêtre Italien. Il se nomme Eugène Mohammed Ishiro Takamura. Un beau mélange qui semble assez improbable aujourd’hui.

 

navette2/ brassage des populations et migrations

Les migrations dans le monde ont toujours existé : là où il y a pauvreté et guerre, on s’expatrie, et l’on rejoint les pays les plus riches qui laissent rêver à une vie meilleure. Cela est vrai depuis la nuit des temps, et le phénomène s’est bien entendu amplifié avec la modernisation des techniques de transport et de communication.

Aujourd’hui, parmi les plus gros pays et les plus riches, ce sont le Canada et l’Australie qui attirent le plus de monde, suivis de près par l’Europe en général et les Etats-Unis (quelques statistiques sur cette page ou sur celle-ci pour la France), alors que ceux qui se vident le plus sont la Syrie, la Libye ou plus généralement les pays en guerre ou les îles des océans Pacifique et Atlantique.

Rien de très surprenant, pourtant la mixité des populations s’en ressentira forcément : ils sont de moins en moins nombreux ceux qui peuvent prétendre, aujourd’hui, n’avoir que des ancêtres originaires de France si eux-mêmes et leur famille proche n’a jamais connu que la France…
La France est d’ailleurs bien le plus mauvais exemple à prendre : nos amis Belges et Canadiens en savent quelque chose, et tout “bon Français” que l’on puisse être, le cas est fréquent où l’on trouve un ancêtre espagnol, italien ou allemand, soit ayant immigré de son pays, soit devenu français au gré des fluctuations des frontières (Alsace allemande, Jura Suisse, lorraine espagnole avec Charles Quint, royaume de Savoie et comté de Nice, Aquitaine anglaise, etc.)

Avec l’accentuation des migrations actuelles et les changements économiques (expansion de la Chine par exemple), qui ne peuvent qu’engendrer la naissance de couples mixtes, cela augmente les chances qu’en matière de généalogie, on trouve des ancêtres venus d’un peu partout, même s’il reste difficile de prévoir quels pays seront les plus représentés.

 

3/ collecte de l’information généalogique

Il y a trente ans, seules les associations généalogiques étaient à même de fournir aux chercheurs des moyens d’aller plus vite dans leurs recherches, en croisant les données de leurs membres grâce à des listes-éclair (nom, commune, période de dates) imprimées ou les relevés qu’ils faisaient aux archives départementales. Avec le minitel, les premiers services payants permettaient de consulter leurs dépouillements. Puis vint Internet : pionniers en la matière, Geneanet permettait dès 1997 aux internautes d’accéder aux bases de données des listes-éclair, avant de passer aux arbres généalogiques complets puis aux relevés gratuits ou payants et enfin aux actes et aux registres numérisés bénévolement. Depuis dix ans, le phénomène s’est amplifié de façon considérable, puisque c’est aux fonds des archives départementales elles-même que l’on peut avoir accès en un clic. Aujourd’hui, en 2015, la quasi-totalité de l’état civil est en ligne jusqu’au début du XXe siècle, ainsi qu’une bonne partie des recensements et des fiches matricules militaires.

database

Le héros de notre nouvelle recrée son arbre généalogique instantanément, à partir de son propre nom. Cela sera t-il possible à l’avenir ? La réponse est sans doute affirmative. Et c’est même parfois déjà le cas aujourd’hui lorsqu’un débutant se rend sur Geneanet : s’il connaît son grand-père ou arrière-grand-père, il peut tomber sur l’arbre d’une cousine inconnue qui est remontée jusqu’à Charlemagne, et il peut découvrir vingt générations d’ascendants en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Certes la source n’est pas forcément fiable (un arbre généalogique personnel n’est que le résultat d’un travail qui peut être erroné) et demande vérification (avez-vous déjà utilisé la recherche comparée sur Geneanet ?), mais lorsque tous les actes d’état civil de tous les départements auront été indexés (et ils le seront, la machine est en marche), la seule difficulté sera de les regrouper en un point central. Cela est simple informatiquement parlant, il suffira juste que leurs possesseurs se mettent d’accord (mais les généalogistes l’ont toujours fait, et ils continueront à le faire car c’est dans leur intérêt premier). Une fois ces relevés mis en commun, on peut aisément imaginer que des outils informatiques performants permettront alors de créer un arbre à la volée en recoupant automatiquement les filiations mentionnées sur les relevés.

Après l’état civil, les recensements et les fiches matricules, viendront se greffer d’autres sources qui permettront d’étoffer les informations d’état civil, simple “squelette” généalogique : voyez les projets de Geneanet comme les matricules napoléoniens ou le projet “au-delà de l’état civil” qui a pour but la photographie et le dépouillement de registres de notaires, les “preuves pour Malte” qui permettent de retrouver les filiations nobles, le site collaboratif “roglo” et l’arbre pierfit pour la noblesse ou tout simplement les pages de généalogies reconstituées sur Wikipédia ou ailleurs.

Rien n’empêchera toutes ces sources différentes d’être informatisées et mises en commun. L’évolution des outils de numérisation et de partage accentuera elle aussi la rapidité de la collecte et son analyse. Les robots qui servent de moteurs de recherche, comme Google pour tout l’Internet ou le moteur de recherche de reconnaissance des noms et prénoms mis au point par Geneanet et utilisé dans la Bibliothèque généalogique, deviendront plus puissants, et sans doute seront-ils capables, en sus de chercher, d’analyser et de classer.

En résumé, de tous les points de réflexion évoqués dans ces notes, c’est surtout cet accroissement des données et sa facilité d’accès, son instantanéité, qui ne laisse planer presque aucun doute quant à son évolution… sauf bien sûr guerre mondiale, disparition de l’Internet et recul technologique de l’humanité, mais qui se soucierait alors de généalogie ?

 


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69 commentaires Voir les commentaires précédents

La généalogie aura toujours sa place dans la recherche historique de l’humanité, car elle permet d’identifier nos ancêtres dans le contexte socio-politique de chacune de leurs époques et comme l’histoire permet à une nation de savoir comment elle s’est forgée, la généalogie permet à chaque individu de connaître également ceux et celles qui ont contribué à forger sa propre existence.


Daniel JEAN
08/07/2018

Dans “ROGLO” comme dans PIERFIT , il y a encore pas mal d’erreurs, et surtout les sources ne sont pas assez facilement atteignable.


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